Allah est grand, la République aussi de Lydia Guirous

Publié le 26 février 2015

Le livre est à la fois une autobiographie et un appel urgent au sursaut de notre République, pour l’application de ses valeurs et de ses règles. IL a été publié en novembre 2014. Diplômée de l’Université de Paris Dauphine et de l’ESCP, elle est aussi la fondatrice de l’association Future au Femina et a créé la cellule SOS Harcèlement sexuel (APHP). J’ai aimé son livre. Car c’est celui d’une jeune femme de 29 ans, libre qui en appelle à la responsabilité de tous, des élus, face au recul de nos valeurs, du vivre ensemble, face au recul de la générosité et de la tolérance. Elle juge les politiques à leur capacité à faire appliquer les lois, comme la laïcité, l’égalité homme-femme, la démocratie, la justice sociale, le droit à un enseignement laïc de qualité pour tous, le devoir de rétablir l’Etat de droit dans des quartiers sensibles des banlieues. Page 12, elle écrit que la Laïcité n’est pas de l’islamophobie. Elle juge les politiques à leur capacité à faire reculer de toute urgence le front national, l’islam radical, les replis identitaires et sectaires, le communautarisme. Elle dénonce les alliances passées à des fins électorales, avec des communautaristes. Elle a décidé, […]

Je t’offrirai des spectacles admirables, sur les épaules de Darwin, de Jean Claude Ameisen

Publié le 22 septembre 2014

« Jean Claude Ameisen nous propose un voyage poétique à travers l’espace et le temps à la rencontre de quelques merveilles du monde, en montant sur les épaules des géants scientifiques et humanistes, mais aussi penseurs, poètes ou artistes pour voir plus loin. » « Jean Claude Ameisen, médecin et chercheur, est professeur d’immunologie à l’Université Paris Diderot. Il est président du comité consultatif national d’Ethique (CCNE). Jean Claude Ameisen est également l’auteur de l’émission « sur les épaules de Darwin » diffusée de 11h à 12h sur France Inter». Emission à propos de laquelle le grand Prix de la meilleure émission de radio lui a été décerné. Le voyage poétique, auquel l’auteur nous invite, nous fait découvrir l’univers des fourmis agricultrices, celui des abeilles et des fleurs. On sait presque tout aujourd’hui sur leur mode de communication par la danse frétillante, leur gestion du temps et de l’espace, leur organisation sociale et démocratique, leur diversité génétique, leur capacité à l’émotion et à la déduction, leur sommeil et leur mémoire. A moins de quatre mètres, on peut entendre à certains moments de l’année le cri de guerre lancé par les princesses à la conquête du pouvoir. Pendant des décennies, des […]

Faillir être flingué, par Céline Minard

Publié le 22 septembre 2014

Un livre un peu déroutant, pourquoi écrire aujourd’hui un western ? Est-ce une métaphore du monde actuel qui retourne à la loi de la jungle ? Est-ce une plongée à la mode dans l’Eden perdu ? Tout cela sans doute mais ce grand classique du western à la française a d’autres ressorts. Bien sûr il nous tient en haleine avec des portraits forts à la Leone d’êtres en errance dans la prairie et la montagne. En fait, tous semblent converger pour échouer dans une petite ville en construction du far west. Ils affrontent, tel un parcours initiatique, les pièges d’une nature rebelle, pleine d’embuches mais si riche d’odeurs, de nourriture, d’horizon que l’auteur donne à voir, sentir, écouter… Par touches impressionnistes, elle nous laisse mettre en place, recréer, imaginer cet univers des grandes plaines sauvages. La marque française réside dans ce lien étroit entre la nature et les hommes : indiens, immigrants, cow boys des prairies… se fondent dans le milieu naturel. Mais au village, qui émerge du néant, chacun doit jouer sa partition dans un autre monde, artificiel. Si C. Minard fait s’y côtoyer hommes et femmes, européens et indiens, chinois… elle place au centre de l’intrigue et de […]

Comment peut-on être français, par Djavann Chahdortt

Publié le 22 septembre 2014

Un ouvrage qu’on lit d’une seule traite ou presque tant pour la fluidité de l’écriture,  que pour la pertinence des analyses de situation née de l’immersion soudaine dans le cœur de Paris. Comment cette jeune femme iranienne découvre la société française, sans connaître la langue française, qu’elle se met à apprendre ? On ne sait rien sur les raisons de son irruption en terre française avant la fin du livre, dont la tonalité dramatique entraîne une relecture de l’ensemble. Les analyses de l’appropriation progressive du français ( p.100 et suivante) me paraissent très signifiantes quant à l’acquisition par un adulte d’une langue étrangère. Celle-ci semble comme un « habit »  dont le port n’implique pas automatiquement le reste de la personne. Au final, malgré une maîtrise de la langue qui lui ouvre les portes de la Sorbonne, son identité iranienne lui est sans cesse renvoyée, alors qu’elle visait à le renier. « L’étrangeté » parait fabriquer par la société française qui lui impose sans cesse de se justifier, de composer avec son passé. Quelle idée géniale que ce courrier que l’auteur adresse à Montesquieu, comme une correspondance en réponse à ses Lettres persanes ! Malgré une impression de répétition, le procédé est riche. Ce livre très […]

Les battements du temps par Jan Claude Ameisen

Publié le 31 août 2014

J’écoute depuis deux ans l’émission du samedi matin, de 11h à midi sur France Inter, animée par Jean Claude Ameisen, d’emblée subjuguée par la clarté et l’intérêt  des propos, la beauté de l’expression, ravie de voir réunis les sujets scientifiques les plus pointus  et les questions de culture générale les plus larges.  «Jean Claude Ameisen est médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’Université Paris Diderot. Il est  également président  du comité d’éthique  de l’INSERM  et membre du comité consultatif national d’éthique. » « Les battements du temps » évoque les mystères du temps, de la mémoire, les origines de l’Univers, des étoiles, le monde des oiseaux, des fleurs, l’évolution des espèces. Des écrivains, des poètes, des neuroscientifiques, des spécialistes de l’évolution du vivant et de l’écologie, des juristes offrent des regards croisés et participent à la définition de l’humanité.  Darwin est le passage obligé de cette définition. L’émergence de l’homme  succède à celle de l’animal, sous forme de glissements graduels. Les différences entre eux sont de degré et non de nature. On retrouve en eux des caractérisations physiologiques, comportementales, mentales proches ou équivalentes, des capacités proches à s’émouvoir, raisonner, utiliser des outils, à faire émerger une culture et des liens sociaux. Jean Claude Ameisen  […]

Cinq méditations sur la mort, de François Cheng

Publié le 27 août 2014

Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie par François Cheng J’ai découvert par hasard, il y a six jours  ce livre très précieux de François Cheng. Il m’a insufflé la même force  au moment où j’en avais besoin, que celui de Marie de Hennezel, « la mort intime » en 2007. C’est grâce à cet auteur  que j’ai pu approcher le taôisme,  la peinture et la calligraphie chinoises il y a quelques années. François Cheng  est en effet  à la fois  essayiste, romancier, poète et calligraphe. Arrivé en France en 1948, naturalisé en 1971, il est aujourd’hui académicien. Il a su faire la synthèse entre la pensée orientale et la pensée occidentale, entre la peinture occidentale et la peinture orientale, il a traduit une multitude de poètes français en chinois et l’inverse. Dans « Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie », il  développe la  grande idée suivante : la conscience de la mort doit nous insuffler la force de vivre intensément notre propre vie. Sa réflexion est présentée sous la forme d’une conversation avec des amis, donc avec chacun d’entre nous. Il rappelle ses origines chinoises, sa naissance en 1929, son enfance difficile dans un contexte de violence […]

L’hiver des hommes par Lionel Duroy

Publié le 18 juin 2014

Lionel Duroy est né à Bizerte (Tunisie) en 1949. Il est journaliste, écrivain, et biographe de célébrités comme Mireille Darc, Sylvie Vartan, Nana Mouskouri. Il a écrit 18 romans, collaboré avec Ingrid Bétancourt pour son remarquable « La rage au cœur ». Le point de départ a été sa volonté de mener une enquête sur le suicide d’Ana, la fille du général Madlic, le boucher serbe bosniaque responsable du massacre de 8000 Musulmans à Sebrenica en 1993, et celui du marché de Markale à Sarajevo, entre autres. Il va sillonner la minuscule république serbe bosniaque tout l’hiver 2010 en compagnie de son interprète Boris, trouvé à Belgrade, à la recherche de témoignages. Il excelle à faire parler ceux qui ont été actifs dans la guerre en Bosnie ou qui l’ont subie. Certains disent qu’ils ont tout perdu, sauf la vie. Ceux-là ont été pillés, leur maison a été brûlée, leurs proches ont été tués. L’évocation de la fille de Madlic et de son suicide revient comme un leitmotiv. Il la rapproche d’autres enfants de criminels de guerre, comme la fille d’Himmler, Gudrun Himmler et les deux fils de Hans Frank, le gouverneur de Pologne, responsable de l’extermination de 3 millions […]

Le baiser de sorcière par Pierre Bergounioux

Publié le 2 mai 2014

Cette œuvre littéraire est composée de deux courts textes, publiés tête bêche. L’essai contient 70 pages et le récit 46. Le premier s’intitule « le récit absent » et le second « le baiser de sorcière ». J’ai commencé par le récit, unique en son genre, très vite fascinée par la nouveauté du contenu, son intérêt documentaire, une page jamais écrite de la prise de Berlin, par l’Armée Rouge en avril 1945. Les blindés (les JS 22) ouvraient la voie, suivis de près par l’infanterie. Dans les tanks, des intellectuels, à pied  des Caucasiens illettrés. L’illusion du réel est parfaite, tant les connaissances techniques et historiques  sont précises. Nous sommes au cœur  des combats de rue, nous respirons le diesel et la chair calcinée, nous éprouvons la même nausée que les tankistes, nous sommes morts de soif et de peur, le bruit assourdissant  du canon nous crève les tympans. Le récit absent concerne plusieurs absences. C’est celui qu’aucun tankiste soviétique n’a pu écrire des combats dans Berlin. Ceux qui l’auraient pu l’écrire sont morts à cause de l’efficacité  des panzerfausts  nazis. Ces lance-fusées carbonisaient tous les hommes dans le tank. A la place de la tourelle, on voyait  un trou noir, un cratère qui suggérait la […]

Le quatrième mur, par Sorj Chalandon

Publié le 27 avril 2014

Georges est un jeune idéaliste politisé né en 1950. Après avoir activement participé à Mai 68, il se trouve investi d’une mission impossible, monter la pièce Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre civile. En effet, il en a fait la promesse à son ami Sam qui est en train de mourir. Tous les deux sont des figures emblématiques de la période de mai 68. Georges a été un militant courageux, qui a trouvé dans le théâtre un exutoire à la politique. Sam (Samuel Akounis) est un Grec, juif antifasciste, du temps des colonels, il a connu la prison, les tortures, puis l’exil à Paris. Lui aussi est passionné de théâtre. Lui aussi défilera en réclamant le retour à la terre des Palestiniens. Ces points de rencontre leur ont permis de construire une amitié pour la vie, thème majeur de ce roman. Mais Sam est en train de mourir alors qu’il finissait de constituer le casting de la pièce, après deux ans de recherche à Beyrouth. Il s’agit de faire jouer ensemble des ennemis dans la vie réelle. Nous sommes en 1982. Sunnites, Chiites, Phalangistes, Druzes, Maronites, Palestiniens s’entretuent. La pièce doit être jouée une fois, au milieu d’un champ […]

La nouvelle alternative ? Enquête sur l’économie sociale et solidaire, par Philippe Frémeaux

Publié le 27 avril 2014

L‘économie sociale et solidaire fait aujourd’hui figure de nouvelle alternative au capitalisme. De fait, son objectif premier n’est pas de dégager du profit, mais de produire des biens et services utiles à tous. Issue d’initiatives citoyennes, elle apporte la preuve que la recherche de l’enrichissement personnel n’est pas l’unique motif qui puisse donner envie d’entreprendre. Constitue-t-elle pour autant une force politique, un mouvement susceptible de transformer profondément notre économie et notre société ? Sa gouvernance, qui se veut démocratique, est-elle vraiment exemplaire ? A-t-elle vocation à s’étendre, se généraliser ? Enfin, cette généralisation est-elle souhaitable ? Autant de questions auxquelles l’auteur répond dans ce livre, nourri de nombreux exemples. Pour lui, il est temps de regarder « l’ESS » telle qu’elle est, et non dans sa version idéalisée : c’est à cette condition qu’on pourra apprécier dans quelle mesure et à quelles conditions elle peut contribuer à rendre l’économie plus démocratique, plus juste et plus soutenable. Le Mot de l’éditeur Un regard critique sur l’économie sociale et solidaire, et une interrogation sur sa capacité à transformer la société. Un livre en coédition avec Alternatives Économiques. L’économie sociale et solidaire fait aujourd’hui figure de nouvelle alternative au capitalisme. De fait, son […]