La Malibran par Patrick Barbier

Publié le 27 février 2010
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patrick_barbierLa biographie de la Malibran par le musicologue Patrick Barbier est une découverte du dernier Festival de la Folle journée à Nantes, consacré à Chopin. Par chemin détourné, je le concède, car j’ai assisté à un concert des airs d’opéra chantés par la Malibran, qui ont beaucoup impressionné Chopin. Patrick Barbier nous plonge avec bonheur dans l’univers romantique de la première grande diva de l’histoire.

Ce qui propulsa cette cantatrice au sommet de la célébrité fut sa voix de mezzo-soprano, son aisance à parcourir trois octaves (Patrick Barbier précise qu’elle atteignait le Si au-dessus de la portée), sa virtuosité extrême, son surprenant talent de tragédienne qui l’amenait à vivre de façon entière, imprévisible, toujours renouvelée chaque interprétation), son inépuisable tempérament sportif, sa générosité, sa sensibilité romantique, en phase avec les goûts de son époque. Patrick Barbier, grâce à une reconstitution détaillée nous fait revivre la carrière fulgurante de la diva, ses triomphes, son amitié avec les plus grands écrivains et musiciens de son temps( Lamartine, Musset, Gautier, Sand, Rossini, Bellini, Liszt, Chopin…)

Source d’adulation dans toute l’Europe, la Malibran déplace les foules, fait flamber les contrats.

Patrick Barbier établit un parallèle saisissant entre la Malibran et Maria Callas. Pour elles deux «la rugosité et les imperfections de la voix furent éclipsées par leur stupéfiante présence en scène».
« Des 22 compositeurs qu’elle a servis, deux se détachent du lot :Bellini et surtout Rossini. »Une admiration réciproque et une amitié indéfectible les lie. « Au moment de la création du Barbier de Séville, il a 24 ans, et elle huit ». Il s’amuse à la faire sauter sur ses genoux. Véritable enfant de la balle, elle suivait alors les apparitions sur scène de son père Manuel Garcia dans le rôle d’Almaviva. Du répertoire de Rossini, ses rôles fétiches furent Rosine dans le Barbier de Séville, Angelina dans la Generentola, Desdemone et Otello dans Otello, de celui de Bellini, Amina dans la Sonnambula. Polyglotte, elle chantait aussi bien en italien, en français, en anglais, en allemand qu’en latin. Rossini sera souvent envoyé auprès de la Malibran pour démêler les malentendus avec des chanteurs ou des directeurs de théâtre. Patrick Barbier reproduit le vibrant hommage de Rossini à la mort de Maria Malibran. « Elle a surpassé tous ses imitateurs par son génie musical vraiment déconcertant, et toutes les femmes que j’ai jamais connues par la supériorité de son intelligence, la variété de son savoir, et son tempérament fulgurant … ». Sa mort prématurée à 28 ans, bouleverse l’Europe de son temps.
la Malibran décède des suites d’une chute de cheval, dans un état d’épuisement extrême puisqu’elle a voulu honorer jusqu’au bout héroïquement son public. Elle laissera un souvenir ébloui à tous ses admirateurs et continue d’inspirer les créateurs, puisque de nombreux livres et trois films lui ont déjà été consacrés. Mais la biographie de Patrick Barbier fera date, comme celle qu’il a consacrée à Farinelli.