Au Zénith par Duong Thu Huong

Publié le 6 mai 2009
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duong_thuhuong.jpegJe connaissais deux magnifiques romans de Duong Thu Huong : « Myosotis »et « Terre des oublis ». Cette écrivaine vietnamienne habite en France depuis 2006, après avoir connu la prison et une longue résidence surveillée dans son pays. « Au Zénith » par Duong Thu Huong est lui aussi un grand roman foisonnant.

J’y ai retrouvé le même hommage à la beauté poétique de son pays, la même haine des élites corrompues, d’un régime honni, le même plaisir narratif, enfin le même enchevêtrement de plusieurs intrigues.

Ce roman révèle un épisode de la vie privée d’Ho Chi Minh et fait revivre ses derniers mois. Confiné dans une montagne isolée et surveillé par des soldats, alors que la guerre contre les Américains bat son plein, le Président interroge le combat de sa vie à l’aune du fiasco de sa histoire privée et sentimentale. Il a dû sacrifier son amour à la cause révolutionnaire. Sa femme bien aimée a été massacrée ainsi que toute sa famille et ses enfants ont disparu. On apprend qu’il a voulu éviter à son peuple cette deuxième grande guerre et qu’il s’en est suivi sa propre mise à l’écart et l’élimination de tous les opposants. On y découvre les multiples facettes d’un régime corrompu. Plusieurs intrigues sont menées de front, en contrepoint de la principale. On suit le parcours de son dernier compagnon Vu, le seul à ne pas s’être laissé corrompre par le pouvoir. C’est lui qui cache les deux enfants du Président, mais pour combien de temps assurera-t-il leur sécurité ? Le roman ne le dit pas. Lui-même est trahi par sa propre femme et réduit à l’impuissance par de graves problèmes de santé. Un flash back nous fait revivre le parcours du vieux Quang, mort dans l’accident décrit dans le premier chapitre. Ho Chi Minh avait entendu les appels au secours du jeune fils et obtenu d’assister à l’enterrement. Le vieux Quang était un paysan aisé, très entreprenant et apprécié des villageois qu’il accueillait tous les soirs pour la veillée. Jusqu’au jour où il ramène au village la jeune femme dont il est tombé amoureux. Il déclenche jalousie, médisance, suspicion, l’occasion pour la romancière de faire revivre de truculentes discussions, les mœurs et les rituels villageois, enfin un extraordinaire art culinaire. Un autre destin nous transporte dans les maquis laotiens du Viet Cong. S’y cache le beau frère de la jeune épouse sacrifiée d’ Ho Chi Minh. Echappé de peu au massacre, il a pris une nouvelle identité et doit tuer pour échapper aux poursuites, mais pour combien de temps ? Mais les questions les plus importantes posées par le roman portent sur la crédibilité historique des éléments biographiques donnés sur Ho chi Minh. A t-il été à ce point isolé politiquement, coupé de tout contact, même amical pendant de nombreuses années ? Les tendances d’assassinat sur sa propre personne, l’élimination de leurs témoins, de sa dernière épouse et de toute sa famille, l’étouffement de toute opposition appartiennent-ils à l’ Histoire ? Enfin le peuple vietnamien aurait-il pu éviter cette inégale et sanglante confrontation avec les Américains ?