Du Progrès par Pierre-André Taguieff

Publié le 3 décembre 2008

I) Dès ses premières conceptualisations, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’idée de progrès implique l’abolition des limites jusque là imposées au savoir et au pouvoir de l’homme : l’humanité est indéfiniment perfectible, l’avenir ouvert et constellé de promesses. Maître de la nature, sujet souverain, l’homme dispose du réel qu’il imagine malléable et manipulable à l’infini. Pour la première fois, l’espérance est donnée à l’homme par l’homme. C’est au cours du XXe siècle que les croyances progressistes vont être ébranlées par la découverte d’une barbarie scientificisée et technicisée. La crise environnementale, le constat des « dégâts du progrès renforceront à leur tour la vision catastrophiste d’un progrès « meurtrier » ». La puissance dangereuse mais bénéfique de Prométhée s’est transformée en pouvoir de destruction. On se mobilise depuis une trentaine d’années contre l’idée de progrès. Depuis le début des années 70 se multiplient les mobilisations écologistes contre les méfaits supposés du progrès techno-scientifique ou industriel, au nom de la préservation de l’environnement. Le relativisme culturel des anthropologues comme Levy Strauss s’attaque à la vision universaliste, évolutionniste de la succession plus ou moins linéaire des civilisations La mise en cause radicale du progrès est ainsi devenue depuis quelques décennies, un lieu commun […]