Le Roman d’un pianiste par Mikhaïl Rudy

Publié le 28 février 2010

L’autobiographie de Mikhaïl Rudy me donne une envie folle de courir à ses concerts, de découvrir les interprétations personnelles à la Glenn Gould de ce grand pianiste russe. Elle m’a convaincue qu’il devait mettre dans ses concerts la même énergie généreuse que dans le récit de sa vie. Ses concerts et ses enregistrements lui ont valu d’innombrables récompenses et le statut de soliste international au plus haut niveau. Mais ce n’est pas tant son glorieux palmarès qui constitue l’intérêt principal de son autobiographie que son témoignage saisissant de l’époque brejnévienne et de la flamme individuelle qu’il communique au travers le récit de sa vie. C’est elle qui lui a permis de résister au rouleau compresseur soviétique et aux serres du KGB. Son histoire individuelle se lit comme un roman policier. Avec des mots simples, Mikhaïl Rudy raconte son incroyable parcours depuis sa petite enfance passée dans un souterrain d’une ville industrielle de l’Ukraine du Sud, Stalino. Son premier contact avec la musique eut lieu à ses quatre ans, en 1957. Mikhaïl Rudy entendait son voisin s’entraîner au violon et lui répondait sur le piano familial. Ses dons musicaux ainsi découverts lui valent de se faire inscrire dans le collège musical […]

La Malibran par Patrick Barbier

Publié le 27 février 2010

La biographie de la Malibran par le musicologue Patrick Barbier est une découverte du dernier Festival de la Folle journée à Nantes, consacré à Chopin. Par chemin détourné, je le concède, car j’ai assisté à un concert des airs d’opéra chantés par la Malibran, qui ont beaucoup impressionné Chopin. Patrick Barbier nous plonge avec bonheur dans l’univers romantique de la première grande diva de l’histoire. Ce qui propulsa cette cantatrice au sommet de la célébrité fut sa voix de mezzo-soprano, son aisance à parcourir trois octaves (Patrick Barbier précise qu’elle atteignait le Si au-dessus de la portée), sa virtuosité extrême, son surprenant talent de tragédienne qui l’amenait à vivre de façon entière, imprévisible, toujours renouvelée chaque interprétation), son inépuisable tempérament sportif, sa générosité, sa sensibilité romantique, en phase avec les goûts de son époque. Patrick Barbier, grâce à une reconstitution détaillée nous fait revivre la carrière fulgurante de la diva, ses triomphes, son amitié avec les plus grands écrivains et musiciens de son temps( Lamartine, Musset, Gautier, Sand, Rossini, Bellini, Liszt, Chopin…) Source d’adulation dans toute l’Europe, la Malibran déplace les foules, fait flamber les contrats. Patrick Barbier établit un parallèle saisissant entre la Malibran et Maria Callas. Pour elles deux […]

Henry Purcell par Claude Hermann

Publié le 16 février 2010

Henry Purcell est mon compositeur baroque préféré. La beauté aérienne, la richesse expressive de sa musique me touchent profondément. Il se trouve que le XVIIe siècle anglais aussi. Je ne pouvais qu’être comblée par la lecture de la biographie de Purcell publiée par Claude hermann en février 2009. En effet cette biographie de Purcell dresse un très beau portrait du compositeur, mais aussi fait revivre un demi-siècle de grandes turpitudes du pays, un peu plus que le passage de Purcell sur terre, puisqu’il naquit en 1659 et mourut en 1695 à l’âge de 36 ans. Non seulement Claude Hermann a su faire revivre un contexte socio-politico-religieux particulièrement agité, avec moult détails de la vie quotidienne, mais elle m’ a surtout permis de comprendre la succession des périodes traversées et le rôle de chacune d’elles dans l’ éclosion d’une effervescence musicale remarquable et du génie de Purcell. L’accroche de la biographie est saisissante : « Un siècle avant les Français, les Britanniques faisaient leur révolution politique et adoptaient une monarchie de type constitutionnel s’appuyant sur le protestantisme et un Parlement fort. C’était en 1688 : Purcell avait vingt-neuf ans. Pour parvenir à ce résultat, il avait fallu les sanglantes répressions d’Elisabeth […]

La composition française par Mona Ozouf

Publié le 8 août 2009

Spécialiste reconnue de la Révolution française, l’historienne Mona Ozouf a publié au printemps dernier une autobiographie à forte visée argumentative, mêlant l’évocation de son enfance bretonne dans les années 30 à 40 à des réflexions personnelles sur les identités nationales et régionales. « La France a toujours vécu d’une tension entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l’universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient de l’avoir ressentie et intériorisée au cours d’une enfance bretonne ». « Composition française » commence par le portrait de son père disparu quand elle avait quatre ans. « Un instituteur communisant, ardent défenseur de la cause bretonne, directeur d’une association et d’une revue baptisée Al Farz (la faucille) ». Puis c’est l’évocation de sa grand-mère : « Ma grand-mère, son costume, sa coiffe, sa langue, ses savoirs multiples, tout en elle parlait de l’identité bretonne. Et pourtant. C’était elle, la TSF étant entrée dans notre cuisine, qui vénérait Tino Rossi, elle qui à côté de son répertoire breton, chantait « vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine » Enfin, celle de sa mère : « la jeune fille que mon père remarque (lors d’une conférence pédagogique), second miracle, qui parle breton , va embrasser sa cause, épouser sans hésitation l’aridité de […]