Du Progrès par Pierre-André Taguieff

Publié le 3 décembre 2008

I) Dès ses premières conceptualisations, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’idée de progrès implique l’abolition des limites jusque là imposées au savoir et au pouvoir de l’homme : l’humanité est indéfiniment perfectible, l’avenir ouvert et constellé de promesses. Maître de la nature, sujet souverain, l’homme dispose du réel qu’il imagine malléable et manipulable à l’infini. Pour la première fois, l’espérance est donnée à l’homme par l’homme. C’est au cours du XXe siècle que les croyances progressistes vont être ébranlées par la découverte d’une barbarie scientificisée et technicisée. La crise environnementale, le constat des « dégâts du progrès renforceront à leur tour la vision catastrophiste d’un progrès « meurtrier » ». La puissance dangereuse mais bénéfique de Prométhée s’est transformée en pouvoir de destruction. On se mobilise depuis une trentaine d’années contre l’idée de progrès. Depuis le début des années 70 se multiplient les mobilisations écologistes contre les méfaits supposés du progrès techno-scientifique ou industriel, au nom de la préservation de l’environnement. Le relativisme culturel des anthropologues comme Levy Strauss s’attaque à la vision universaliste, évolutionniste de la succession plus ou moins linéaire des civilisations La mise en cause radicale du progrès est ainsi devenue depuis quelques décennies, un lieu commun […]

Vers un nouveau capitalisme par Muhammad Yunus

Publié le 27 novembre 2008

Je viens de découvrir avec bonheur le dernier livre de Muhammad Yunus « vers un nouveau capitalisme », l’inventeur du micro-crédit, et prix Nobel de la paix en 2006. Il appelle au développement des « social business », nouvelles entreprises privées à vocation humanitaire, sociale, et non lucrative. Il propose d’utiliser les vertus du marché (efficacité, dynamisme, innovation, développement…) pour les appliquer à la réduction de la pauvreté et à la résolution des problèmes sociaux et écologiques. Il en distingue deux types : celles qui appartiennent à des investisseurs ou propriétaires, mais à qui elles ne reversent rien au-delà du remboursement de la mise de départ. Elles ne reversent pas de dividendes à leurs actionnaires. Les profits sont réinjectés dans le projet, les investisseurs sont donc motivés par son impact social. Et il y a celles qui appartiennent à des pauvres : les dividendes sont reversés à leurs propriétaires (pauvres) : la Grameen Bank en est une. Dans cet ouvrage, il rappelle l’incroyable histoire de cette entreprise, créée par lui il y a trente ans dans le village de Jobra au Bangladesh, et à l’origine du microcrédit qui touche aujourd’hui dans le monde plus de 100 millions de personnes. La […]