Les Abeilles et la Guêpe, par François Maspero

Publié le 24 janvier 2009

Dans un mouvement qui entremêle passé et présent, François Maspero se remémore et raconte ces rencontres qui ont marqué sa vie, ses engagements, ses combats, ses errances dans notre monde chaotique, de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Libraire, éditeur, traducteur ou écrivain, François déclare être entré -par effraction- dans toutes les professions qui ont été les siennes. Dans son roman Les Abeilles et la Guêpe, François Maspero relate ses débuts de libraire « aiguilleur », « révélateur », d’éditeur » qui participe au motif », son engagement contre la guerre coloniale de la France en Algérie -qui lui valut la saisie de beaucoup d’ouvrages -, les difficultés de maintenir à flot sa librairie qui résiste grâce au soutien d’un réseau d’amis fidèles, son départ des éditions au début des années quatre-vingt. De ces années, il nous restitue les espoirs et les déceptions. Sans complaisance pour lui-même ni regret, il s’interroge sur le sens du combat qui l’a conduit auprès de Che Guevara, de Fidel Castro ou encore de Frank Fanon, en Amérique latine, en Algérie ou à Cuba. Pour comprendre ce Maspero-là, il interroge son enfance. Il a douze ans et vient d’apprendre la mort de son père, Henri Maspero à Buchenwald, […]

Testament à l’anglaise par Jonathan Coe

Publié le 21 janvier 2009

Winshaw a 81 ans et elle est prise pour une folle parce qu’un soir de l’hiver 1942, son frère Godfrey a été abattu par la DCA allemande au dessus de Berlin et qu’elle reste persuadée quarante ans plus tard que le frère aîné Lawrence a été l’instigateur de sa mort. Une folle dans une grande famille, l’aristocratie anglaise en a vu d’autres. Mais voilà que Tabitha se mêle de commander à Michael Owen, un jeune écrivain dépressif, une histoire de la dynastie des Winshay qui occupe tous les postes clé de l’Angleterre des années 80 : les années Tatcher. Cette histoire va s’étaler sur 50 ans, comporter de nombreux flash-back, de nombreux entrecroisements d’époques, de personnes dans lesquels on se perd un peu. Jonathan Coe promène des personnages différents dans des époques et des milieux qui varient beaucoup, dans une ambiance de roman policier à la Agatha Christie, une sombre affaire de « meurtre en famille ». L’intrigue n’est qu’un prétexte pour explorer la vie politique anglaise de ces dernières années. Jonathan Coe dénonce la façon dont les gouvernements ont peu à peu démembré dans son pays les avancées sociales et culturelles. Au travers de chacun des membres de la famille Winshay, […]

L’enchanteresse de Florence par Salman Rushdie

Publié le 2 janvier 2009

Début XVIe siècle, un jeune Florentin qui se fait appeler Mogor dell Amore arrive à la cour d’Akbar, le grand Moghol, digne descendant de Gengis Khan au cœur de l’Hindoustan. Il est revêtu d’un costume d’Arlequin, magicien, et conteur d’une folle histoire qui pourrait lui apporter la gloire ou lui coûter la vie. Il prétend être le fils de l’enchanteresse de Florence, femme aux destins multiples. Cette princesse oubliée, la princesse aux yeux noirs Gara Köz, dont la beauté sans pareille fit basculer le destin d’un empire serait peut-être la mère du voyageur florentin et la grand tante disparue du roi moghol. A la cour de la cité impériale,le jeune audacieux se hisse très vite à un rang élevé. Il fait revivre le destin fabuleux de sa prétendue mère et nous transporte de l’Inde aux portes de l’Afghanistan, en Perse, en Turquie, puis à Florence en pleine révolution. Un coup d’état vient de faire tomber la jeune république et revenir au pouvoir la famille Médicis. On y frôle le souvenir terrible de Savonarole, on y côtoie le clan des Vespucci et de Machiaveli dans un chassé croisé entre fastes européens et songes orientaux. Par le biais de récits enchâssés aux […]

Le roi de Kahel de Tierno Monénembo

Publié le 23 décembre 2008

A travers la biographie d’un pionnier oublié de la colonisation française en Afrique de l’Ouest, le romancier guinéen Tierno Monénembo retrace le destin et la destruction de l’empire peul du Fouta-Djalon, région prospère au cœur de la Guinée actuelle. Le roi de Kahel nous entraîne dans l’Afrique de la fin du XIXe siècle, dans la période précédant le partage historique du continent noir par les grandes puissances à Berlin. A travers les aventures d’un certain Aimé Victor Olivier, vicomte de Sanderval et précurseur de la colonisation française de l’Afrique de l’ouest, Monenembo restitue les derniers éclats de l’empire théocratique peul du Fouta-Djalon. Le Français fut l’un des premiers à l’explorer et à le faire connaître à ses compatriotes avant de voir toutes ses tentatives d’établir des rapports commerciaux d’égal à égal avec ce royaume réduites à néant, sous la pression d’une administration belliqueuse et enfermée dans sa soi-disant supériorité civilisationnelle. Cet explorateur fut un grand héros dans son temps. Ses nombreux voyages à travers l’empire peul faisaient le régal des gazettes et des journaux de l’époque. En Guinée qui a été dessinée, rappelle l’auteur pendant la période coloniale sur les vestiges du Fouta-Djalon conquis par l’armée française, la mémoire d’Aimé […]

Petits suicides entre amis, par Arto Paasilinna

Publié le 29 novembre 2008

Onni Rellonen est un petit entrepreneur au bord de la faillite, il a décidé d’en finir avec la vie Il fait la connaissance du Colonel Hermanni Kemppainen, veuf éploré, au moment où ce dernier envisage lui aussi de se suicider. Après avoir réussi à s’en dissuader l’un l’autre, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès est immédiat. Tous les deux organisent un séminaire de suicidologie à l’issue duquel une trentaine d’apprentis suicidaires décident d’embarquer dans un bus flambant neuf avec pour destination, la mort collective. Commence alors une folle tournée à travers la Finlande. Tous les candidats sont hauts en couleur. Embarquent un joyeux bout-en-train, un vieux Lapon éleveur de rennes … Le périple loufoque les mène à un train d’enfer des falaises du Grand Nord jusqu’au cap St Vincent au Portugal, en passant par la Suisse. Petits suicides entre amis s’adresse à tous ceux qui ont des idées noires. C’est un conte loufoque et burlesque qui montre à quel point la vie vaut la peine d’être vécue. L’humour noir est sans cesse renouvelé par une cascade […]

La douce empoisonneuse par Arto Paasilinna

Publié le 29 novembre 2008

Linnéa, gentille veuve d’un colonel finlandais mènerait une existence simple et heureuse dans sa maisonnette avec sauna non loin d’Helsinski si elle ne vivait pas dans la terreur de son neveu et de sa bande. En effet ces derniers, de parfaits ivrognes et imbéciles malgré leur jeune âge, viennent chaque mois lui voler sa pension et mettre sa maison à feu et à sang. Lorsqu’un jour, ils ne s’en contentent plus et veulent lui extorquer un testament à leur avantage, elle décide d’en finir avec ce cauchemar et de porter plainte. Elle quitte sa maisonnette rouge et s’installe chez son ex-amant le médecin Jaakkokivistö. Elle trouve chez lui tous les ingrédients nécessaires à la fabrication d’un poison dont elle compte se servir pour elle-même en cas d’attaque. Elle trouvera en lui aussi toute l’aide nécessaire dans la guerre ouverte engagée avec les trois brutes. L’histoire de la douce empoisonneuse par Arto Paasilinna est originale et loufoque. La pauvre Linnéa nous inspire d’abord de la pitié, puis le roman part dans tous les sens. Les évènements dépassent la pauvre petite mamie qui ne sait plus trop où donner de la tête. Le comique de situation est sans cesse renouvelé. Derrière cette […]

Un homme heureux par Arto Paasilinna

Publié le 29 novembre 2008

Un homme heureux par Arto Paasilinna est un conte rempli de poésie qui sous ses airs naïfs asticote une société repliée sur elle-même et passablement querelleuse et invite à plus de tolérance et d’ouverture à la nouveauté. Akseli Jaativen a été chargé de construire un nouveau pont dans le village finlandais de Keruswäki, à l’endroit même où, pendant la guerre civile de 1918, une sanglante bataille a opposé Blancs et Rouges. Dans ce milieu fermé, de maladresses en malentendus, de bisbilles en provocations, les relations se tendent entre les notables locaux et le nouveau venu. Ce dernier se fait rosser, humilier, puis finalement renvoyer de son poste d’ingénieur des ponts et chaussées. Mais Jaativen n’est pas un homme à se laisser faire Il prépare une diabolique vengeance, dont ses persécuteurs se mordront les doigts. Nous sommes entraînés dans un conte à l’ambiance ouatée, innocente dans un village nordique, hors du temps. L’écriture simple, presque enfantine, quand l’auteur joue avec les répétitions renforce l’impression de légèreté. L’auteur croque une savoureuse galerie de portraits caricaturaux et franchement drôles. Son humeur se fait grinçant lorsqu’il s’attaque aux représentants de l’ordre, aux fonctionnaires et aux ecclésiastiques.

Zone par Mathias Enard

Publié le 29 novembre 2008

Un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l’Histoire. Réminiscences livresques ou vécues entremêlées meublent la solitude d’une nuit de train. Fils d’un Français qui a fait la guerre d’Algérie et d’une pianiste d’origine croate, adolescent imprégné de patriotisme, puis d’idées d’extrême droite, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, en Croatie, puis en Bosnie. Certaines scènes de carnage auxquelles il a participé hantent ses insomnies. Saturé de violence, il s’est fait oublier à Venise où sa fiancée Marianne l’a rejoint avant de le larguer. Puis il s’est engagé en France dans un service de renseignement où il a connu quelques temps une Stéphanie. Nous revenons alors aux raisons de sa présence dans le train Milan -Rome. Au terme de sa longue carrière il doit recevoir d’un représentant du Vatican 300 000euros en échange d’une mallette pleine de secrets diplomatiques, concernant des centaines d’individus têtes brûlées, hommes de l’ombre qu’il a côtoyés pendant sa longue carrière de légionnaire, puis d’espion. L’auteur réalise un étourdissant tour de force en contenant les 500 pages de son récit en une seule phrase. Zone par Mathias Enard est un roman au rythme […]

La pierre de patience par Atik Rahimi

Publié le 29 novembre 2008

Dans Kaboul aux prises avec la guerre civile, l’héroïne passe ses journées au chevet de son mari dans le coma. Il meurt des blessures reçues au combat. Elle prie, égrène son chapelet, scande 99 fois l’un des noms d’Allah, souffle, recommence. Elle se berce au son de sa propre litanie. Elle craint ce corps inerte, lui murmure des choses insensées, jamais prononcées, fragments de tendresse, illusions perdues, frustrations. Une audace la tenaille, l’impatience monte en elle. Elle s’insurge de plus en plus, laisse des paroles âpres, folles s’échapper. Lui viennent alors des mots interdits, des mots rebelles. Elle apostrophe Dieu et son enfer, insulte les hommes, leurs guerres, maudit son époux, héros vaincu par son orgueil de mâle, son obscurantisme religieux. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de s’être sacrifié lui-même. Elle lui parle de plus en plus. C’est une extraordinaire confession sans retenue qui lui permet de se libérer de l’oppression conjugale, sociale, religieuse. L’urgence et la nécessité de son émancipation sont amenées par toute une série d’incidents, intrusions menaçantes de la guerre dans un huis clos de plus en plus étouffant. Son écriture sèche, précise rappelle celle du nouveau roman ou celle d’un scénario. […]

Les nains de la mort par Jonathan Coe

Publié le 29 novembre 2008

Londres est célèbre depuis longtemps pour l’effervescence de sa vie musicale, mais l’envers du décor n’est pas toujours reluisant. William, jeune compositeur ambitieux ne cesse de se heurter aussi bien dans sa vie quotidienne que dans ses ambitions professionnelles à toutes sortes d’avanies. Le roman commence par le meurtre de l’un de ces confrères assassiné sous ses yeux par deux nains cagoulés. On découvre tout un monde interlope de musiciens ratés, de barmaids écossaises et de louches managers. Pour William, la vie est un cauchemar. Les séances d’enregistrement sont pathétiques, hystériques, les musiciens minables, ses amours sans espoir, sa colocataire vit une totale tragédie et lui –même devient le principal suspect du crime dont il est le seul témoin. Conçu comme une véritable composition musicale avec intro, interlude, solo, reprise, les « nains de la mort » explore tout un pan de la société britannique méconnu. La satire sociale assez impitoyable est accompagnée d’un humour grinçant. Les nains de la mort par Jonathan Coe est également un thriller mené à un rythme resserré. L’auteur montre enfin une bonne connaissance musicale et une grande tendresse pour tous ces groupes rocks, underground de Londres de la fin des eighties, leurs tics et […]