Comment peut-on être français, par Djavann Chahdortt

Publié le 22 septembre 2014
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DJAVANN_ChahdorttUn ouvrage qu’on lit d’une seule traite ou presque tant pour la fluidité de l’écriture,  que pour la pertinence des analyses de situation née de l’immersion soudaine dans le cœur de Paris. Comment cette jeune femme iranienne découvre la société française, sans connaître la langue française, qu’elle se met à apprendre ? On ne sait rien sur les raisons de son irruption en terre française avant la fin du livre, dont la tonalité dramatique entraîne une relecture de l’ensemble.

Les analyses de l’appropriation progressive du français ( p.100 et suivante) me paraissent très signifiantes quant à l’acquisition par un adulte d’une langue étrangère. Celle-ci semble comme un « habit »  dont le port n’implique pas automatiquement le reste de la personne. Au final, malgré une maîtrise de la langue qui lui ouvre les portes de la Sorbonne, son identité iranienne lui est sans cesse renvoyée, alors qu’elle visait à le renier.

« L’étrangeté » parait fabriquer par la société française qui lui impose sans cesse de se justifier, de composer avec son passé.

Quelle idée géniale que ce courrier que l’auteur adresse à Montesquieu, comme une correspondance en réponse à ses Lettres persanes ! Malgré une impression de répétition, le procédé est riche.

Ce livre très séduisant se termine par un malaise à la hauteur du drame, les projets de l’héroïne semblent sombrer.  Pourtant l’auteur a bien écrit ce roman qui par son existence appelle une espérance pour les femmes iraniennes.

Jacques Chérel