Des saisons au bord de la mer par François Maspero

Publié le 24 août 2009
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'airelibre120211Les « abeilles et la guêpe » avaient été l’an passé un bonheur de lecture. Cette autobiographie de François Maspero révélait une écoute aux tragédies contemporaines, un courage personnel et une générosité infinis. J’ai retrouvé dans ce nouveau récit de vie, la même sensibilité au monde, mais des perspectives et une écriture différents.

Il ne s’agit plus de restituer le parcours de sa vie, mais de faire revivre dans un registre poétique, les traces de deux enfances heureuses, la sienne et celle de sa fille.

Le mode de la narration à la troisième personne lui a donné une liberté de transposition et d’idéalisation qui explique l’unité, les résonances heureuses entre les deux récits. Il rassemble donc dans une première partie une masse de souvenirs visuels, sensoriels, émotionnels sur ses vacances d’été chez les grands parents dans le Boulonnais, sans doute la ville d’ Outreau. Il se souvient de tout ce qui en faisait les plaisirs : les jeux de plage, les parties de pêche avec les cousins, la chasse aux papillons avec le grand-père. Cet ancien médecin l’a initié à la curiosité du monde et de la nature.

Mais dans les grands rassemblements familiaux de l’été, la seule personne avec qui il se sent vraiment bien, c’est son frère. L’Histoire se précipite. « Il n’a rien su quand, en juin 1936, les marins et les ouvriers du port se sont mis en grève pour obtenir que soient tenues les promesses du Front populaire… » « C’est d’un seul coup, brutal, qu’au premier jour de septembre 1939, tout a basculé. Cette fois il fallait bien qu’ils le lui disent : on allait avoir la guerre. Il a dû quitter plus tôt que prévu la maison des grands-parents. Il ignorait qu’il ne reviendrait que des années plus tard …

Et pour un enfant qui avait peur de la mort, il ignorait que la mort deviendrait, au cours de ces années-là et pour toujours, une vieille et trop familière compagne »Ses parents sont tués en déportation, le frère résistant est assassiné sur le sol français. Après la guerre, la demeure familiale s’est vidée, les grands-parents ont vite décliné et se sont enfermés dans leur tristesse, mais lui les accompagnera jusqu’au bout. Dans la seconde partie de l’ouvrage, il évoque une autre enfance, celle de sa fille, passée sur une île au large de la Bretagne. Il ne la nomme pas, mais le lecteur reconnaît Belle île en mer. Maspero retrouve en elle, la même insouciance, la même gourmandise au monde, à la nature, aux jeux, mais il ne parvient pas à lui épargner le poids de ses propres engagements dans les tragédies contemporaines : « il fallait à la fois savoir rêver la vie et admettre que celle-ci ne serait jamais telle qu’on la rêvait ».

Même si il faut voir dans cet écrit une transposition littéraire de deux enfances heureuses, il est facile d’identifier les personnages croisés dans les « abeilles et la guêpe », les lieux, des évènements marquants des deux époques et de retrouver chez l’auteur les mêmes tensions existentielles, la même quête de bonheur et d’authenticité, enfin la même souffrance au monde et aux siens.