L’Europe frigide par Elie Barnavi

Publié le 8 mars 2009
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2012-10-29-ElieBarnaviPhotoPortraitC’est à l’occasion d’un débat sur l’Europe organisé à Saint Brieuc en avril 2008 entre l’homme politique polonais Bronislaw Geremek et l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris Elie Barnavi que j’ai réalisé l’importance de leur engagement européen. Je découvrais par la même la longue complicité entre les deux hommes, la clarté de leurs vues et leur confiance dans le projet européen.
Dans l’ouvrage présenté ici, publié en septembre 2008, il rend hommage à son vieil ami, décédé en juillet dernier, tire un bilan général de la crise de l’Europe jusqu’à ses développements les plus récents, à savoir le non irlandais au Traité de Lisbonne. Il tente d’en analyser les causes, et propose sept pistes de réflexion pour en sortir et redonner à l’Union européenne une ambition, une âme, une énergie. Elie Barnavi commence par répondre aux nombreux doutes apparus lors de la campagne sur le Traité constitutionnel :
la question de l’élargissement. Une harmonisation est en cours par le niveau de vie, les performances économiques, la bonne gouvernance.

« L’Europe n’est pas qu’une zone de libre-échange, c’est une civilisation fondée sur une identité partagée, un socle de valeurs démocratiques et laïques »

-La question sur les racines de l’Europe:Les quatre strates qui fondent l’Europe sont les quatre piliers suivants : la Grèce, Rome, les Barbares l’Eglise. « l’héritage chrétien a été corrigé par les Lumières, ses valeurs se sont sécularisées, l’Europe est devenue laïque… la liberté de conscience est partout garantie »

-la question des frontières, de la Turquie et de l’identité européenne. « C’est la combinaison de l’histoire et de la géographie qui fait l’Europe »

Au terme de son analyse, il démontre que ni la Russie, ni la Turquie, ni Israël n’ont pour vocation de rentrer dans l’Europe.

-la question de la conscience européenne :l’Europe est une civilisation qui s’ignore et les Européens ne s’emparent pas de ses valeurs communes pour construire l’Europe politique et sociale conforme à leurs vœux. Celles qui sont fondamentales sont : la liberté, la rationalité, la laïcité et la solidarité. -la question de l’immigration : Les flux migratoires sont inévitables. Trop de disparités entre le Nord et le Sud. Et partout où le renouvellement des générations n’est pas assuré, l’apport d’une main d’œuvre immigrée sera nécessaire . »Une politique cohérente s’impose : en amont elle œuvrerait à un mieux être des populations sur place et en aval, une intégration aussi harmonieuse, généreuse que possible dans les pays d’accueil ». Il appelle à la vigilance pour fermer la porte à toutes formes de communautarisme. Les sept pistes pour sortir de la crise :
1- accepter la mondialisation et l’idée que l’avenir économique de l’Europe réside dans l’harmonisation sociale et fiscale, une politique sociale de la plus value, un Etat-providence modernisé.

2-comprendre les réserves de certains états membres, pour mieux les aider à s’intégrer.

3-La seule solution pour avancer aujourd’hui est la méthode des petits groupes. Par exemple sur la recherche, l’environnement, l’énergie.

4- faire exister l’Europe politique et une défense commune.

5-Lui donner une âme, la doter de puissants symboles. Par exemple : les élections au Parlement européen le même jour la constitution de listes transnationales une représentation commune au G8 et au Conseil de Sécurité

6-Définir des règles de bonne conduite européenne. Le non irlandais aurait dû entraîner sa suspension.

7-Refaire de l’Europe une grande ambition. L’horizon de sens pourrait être : les Etats-unis d’Europe.