L’audace d’espérer, par Barack Obama

Publié le 5 novembre 2009
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obamaUn livre programme, une profession de foi argumentée, publié aux Etats-Unis en octobre 2006 et en France octobre 2007 avec la traduction de Jacques Martinache. Le sénateur démocrate du moment, cinquième sénateur noir du pays dévoile un vibrant appel au changement, à un nouveau rêve américain adressé à tous les Américains au -delà des divisions et des clivages politiques habituels.

Il reprendra la substance de ce livre 4 mois plus tard quand il annoncera sa candidature aux élections présidentielles le 10 février 2007 à Springfield dans l’Illinois. Ses objectifs prioritaires sont la fin de la guerre en Irak et la sécurité internationale, le recul de la pauvreté et la relance, l’instauration d’une couverture maladie universelle, le rétablissement de l’ascenseur social par l’éducation, la culture et l’aide sociale, l’indépendance énergétique, un nouveau consensus national et la fin du bipartisme.

Dans l’audace d’espérer, il explique les moyens qu’il compte mettre en œuvre pour insuffler aux Américains l’énergie du changement et pour résoudre les problèmes les plus urgents de leur société.

Chacun des grands chantiers à venir est abordé sous l’angle du pragmatisme, de la consultation, de la méthode délibérative pour arriver au plus grand consensus possible. De nombreux exemples viennent étayer ses idées, pris dans ses innombrables rencontres lors des campagnes électorales, la communication tous azimuts, ou sa propre histoire personnelle. Rappelons-en les grandes étapes: sa naissance à Hawaï en 1961, résultat de l’union d’un Africain et d’une Américaine, une enfance insouciante en Indonésie, le retour chez les grands-parents à Hawaï,des études à Los Angeles, puis dans l’université Colombia à New York, les quartiers pauvres de Chicago où il devient travailleur social pendant trois ans . C’est une existence riche en contrastes, brassages de toutes sortes, une histoire composite, ascendante, pleine d’opportunités comme seule l’Amérique peut en offrir. A 26 ans, il commence des études de droit, dans le but de briguer une fonction publique et défendre les droits civiques. A 35 ans, il brigue pour la première fois un siège au Sénat de l’ Illinois et y sera sénateur pendant deux mandats. A 41 ans, soit six ans plus tard, il décide de se présenter au Sénat des Etats-Unis. Il sera élu et prêtera serment le 4 janvier 2005. Barak Obama est convaincu que c’est seulement en revenant aux principes fondateurs de leur constitution que les Américains parviendront à relancer le système en panne, retrouver les valeurs des origines, à savoir l’égalité entre tous, le droit à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur, la foi dans le libre arbitre. Mais laissons-le se présenter lui-même : « Je suis démocrate, je suis contre la politique qui favorise constamment les riches et les puissants et je soutiens que le gouvernement doit contribuer à donner une chance à chacun…Je crois à l’évolution, la recherche scientifique, la liberté d’expression… l’économie de marché, la concurrence, l’esprit d’entreprise… que nos valeurs, notre vie spirituelle comptent au moins autant que notre PIB. » Cette longue citation laisse percevoir, il me semble ce qui m’a plu, dans le livre et son auteur :la clarté du propos, correspondant à une grande hauteur de vue sur les sujets sensibles de notre époque, son esprit rassembleur, humaniste et optimiste.

Il évoque une Amérique qu’on a connue généreuse et tolérante.

Elle peut encore faire des miracles. Sa propre réussite en est une démonstration vivante. Il renouvelle l’histoire contemporaine de son pays par l’analyse suivante : Le consensus national lancé par le New deal rooseveltien a continué de fonctionner pendant la seconde guerre puis à la faveur de la guerre froide et de la prospérité d’après-guerre. Mais il a commencé à se fissurer dans les années soixante, avec l’apparition d’expressions minoritaires, de clichés politiquement corrects. Obama appelle donc à une régénération de la gauche américaine en ce début de XXIes pour briser les ressorts de la droite conservatrice triomphante depuis les années 80. Même s’il se reconnaît le pur produit de l’héritage des années 60 : Lui-même n’est-il pas le fils d’un mariage rendu possible uniquement grâce aux combats pour les droits civiques, pour autant, il juge cette période trop romantique, trop partisane. Reagan a signé la mise à mort de l’élite intellectuelle, favorisé l’émergence du populisme, ébranlé le contrat social américain. Et la gauche n’a pas réussi à régénérer son logiciel, elle est devenue le parti de la réaction, elle a renoncé à se montrer offensive face à des républicains qui l’ont été toujours davantage. Réinventer la politique, réinventer la gauche, voilà les deux paris de Barack Obama. Comment ? En reconquérant le terrain largement abandonné aux adversaires : celui des valeurs. A celles de la constitution, il en ajoute d’autres : la famille et les devoirs à son égard, la solidarité sociale, le patriotisme, la dignité par le travail. C’est au gouvernement de rétablir le pouvoir civilisationnel de la Culture. Le troisième pari consiste dans la relance de la machine économique : comment ? En investissant dans l’éducation, la science et l’écologie, en pratiquant une politique de redistribution, mais pas d’assistanat. C’est cette nouvelle dynamique économique qui permettra de surmonter les inégalités raciales. L’on pourrait résumer l’esprit résolument optimiste du livre, de son auteur en citant ce passage : « L’audace de l’espoir. Voilà le meilleur de l’esprit américain ; avoir l’audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens de la communauté au sein d’une nation déchirée ; l’audace de croire que malgré des revers personnels, la perte d’un emploi, un malade dans la famille ou une famille empêtrée dans la pauvreté, nous avions quelque emprise- et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin. »Ces valeurs d’espoir, il compte bien les exporter dans toutes les zones sensibles de la planète.

Considérant l’isolationnisme comme une erreur, il propose de renouveler le leadership moral, diplomatique et militaire de l’Amérique

« Aujourd’hui, nous sommes de nouveau appelés à apporter un leadership visionnaire. »… Pour contribuer à la sécurité mondiale il met en avant la carte de la diplomatie, des négociations locales, régionales pour des solutions politiques au Moyen-Orient, en Asie, une rupture avec les politiques d’embargo du passé évidemment conditionnelle. Un nouveau multilatéralisme devrait redynamiser l’ONU et les autres instances internationales. La revitalisation de l’armée américaine passerait par l’augmentation du nombre de militaires, du niveau de formation, en particulier dans les langues étrangères. Pour contrer le terrorisme mondial, il compte impulser un maximum d’alliances fortes auprès des pays alliés, il suggère aussi de comprendre les racines du mal, renforcer les forces modérées à travers l’aide à l’Education et aux Soins. « Notre engagement à l’échelle mondiale ne peut être défini par ce à quoi nous sommes opposés. Il doit être défini par une idée claire de ce que nous représentons. » Bref, réussira-t-il à transformer la nation américaine pour dans un même effort collectif surmonter la profonde crise intérieure et réussira-t-il à insuffler un même désir de changement, de mutation des comportements sur la scène internationale ? Nous voulons l’espérer avec lui !