L’avenir de l’eau par Erik Orsenna

Publié le 22 février 2009

ErikOrsenna_470Au terme d’un périple de deux ans à travers les continents, Erik Orsenna nous propose un état des lieux : comment l’eau est-elle gérée ? En aurons-nous assez dans les années à venir ? Sera-t-elle l’objet des prochaines guerres ?
L’eau est précieuse, l’égalité n’existe pas face à cette ressource. 2,6 milliards d’êtres humains vivent sans un système d’ évacuation des eaux usées, 25 000 êtres humains meurent chaque jour faute d’eau, dont la moitié sont des enfants. Pour comprendre et raconter, il a rencontré des spécialistes, des militants, des politiques mais aussi des simples citoyens. A travers de nombreux exemples donnés, une narration dynamique, limpide, très orale, il nous fait entrevoir les problèmes complexes noués autour de l’eau. L’eau est ce qui réunit religion et science, puisque tout le monde s’accorde pour dire qu’elle est à l’origine de tout. Le choléra, véhiculé par l’eau fait des ravages alors que les solutions existent, d’une simplicité désarmante. L’eau est à l’origine d’inégalités criantes, géographiques, climatiques, sociales. Un habitant de Las Vegas consomme 1000 litres par jour quand aux portes du désert de Namibie, la population tente de récupérer l’eau contenue dans l’atmosphère puisqu’il ne tombe que 20 millimètres par an.

Mais l’eau est une arme cruelle aux mains des politiques : partout dans le monde, des fleuves sont détournés pour irriguer les plantations, sans se soucier qu’ils assoiffent les habitants des pays voisins.

Mais elle peut réunir autour d’elle le meilleur, unir les forces, susciter des systèmes ingénieux et audacieux. Cet essai de 400 pages se lit comme un roman : rien d’indigeste, une belle œuvre de vulgarisation. On peut cependant lui reprocher un certain angélisme à l’égard des patrons de l’eau de certaines grandes villes du monde et de grandes agences publiques, un voyage et des arguments trop influencés par les industriels français de l’eau,en faveur de la privatisation, la préférence apportée au goutte à goutte, quelles que soient les circonstances, la promotion de la FARM (fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde). Totalement tournée vers les grandes entreprises et les multinationales, elle prône un modèle de développement agro-industriel, désastreux sur le plan social, écologique. Il aura au moins ouvert largement le débat, puisque le récit de son voyage est continué sur la toile et donne lieu à de riches échanges.