Le lièvre de Patagonie par Claude Lanzmann

Publié le 27 avril 2009
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lanzmannLe lièvre de Patagonie est une œuvre autobiographique monumentale qui laisse entendre la voix puissante de son auteur, Claude Lanzmann en dépit de ses 84 ans.

IL révèle un grand écrivain et fait partager sa passion de la vie, des valeurs humanistes essentielles, une énergie vitale exceptionnelle.

Toute sa vie semble avoir été une suite ininterrompue de temps forts, d’engagements entiers dans des causes justes et courageuses comme la Résistance pendant ses années d’hypokhâgne, puis le maquis en Haute Loire, l’indépendance de l’Algérie, le combat de l’antisémitisme. Un reportage sur Berlin Est le fait journaliste et collaborateur des Temps modernes. Les rencontres avec de grands textes « les damnés de la terre » de Franz Fanon, « Réflexions sur la question juive » de Sartre furent le point de départ d’amitiés durables avec leurs auteurs. Et avec Simone de Beauvoir dont il fut le compagnon pendant 7 ans, puis l’ami proche jusqu’à la fin. Au couple existentialiste, il rend hommage : « ils m’ont aidé à penser, je leur donnais à penser ».

Ils animent ensemble les Temps Modernes, dont il assume toujours la direction. On apprend ses origines juives, ses voyages en Israël, dans le monde arabe, l’aventure laborieuse, voire épique de ses grandes œuvres cinématographiques ou journalistiques. Il mit deux ans à réaliser le numéro spécial des Temps modernes sur le conflit israëlo-arabe qui eut dès sa parution en 1967 un grand retentissement. Mais sans commune mesure avec celui mondial du film « la Shoa » qu’il mit douze ans à réaliser. Douze ans à rassembler les fonds, à retrouver les témoins et les acteurs de la « catastrophe », les survivants de l’extermination systématique et massive de tout un peuple. Il raconte les ruses déployées pour retrouver et faire parler les responsables nazis, son acharnement à retrouver les « revenants » Le film Sobibor, autre chef d’œuvre inoubliable raconte la seule révolte réussie dans un camp d’extermination. Chaque aventure de sa vie est racontée comme un roman, avec un immense talent de conteur qui happe le lecteur jusqu’au bout des 560 pages. Il écrit :

« Je ne suis ni blasé, ni fatigué du monde, cent vies je le sais ne me lasseraient pas ».

Cent vies il les a eues, et il les restitue avec une densité et une précision impressionnantes. Nous rions avec lui de ses aventures cocasses en Israël, en Corée du Nord où il connut une idylle improbable avec une infirmière malgré tous les verrouillages d’une police omniprésente. Nous pleurons avec lui la perte des êtres qui lui sont chers, le suicide de sa sœur Evelyne Rey, grande comédienne aimée puis lamentablement trahie par Deleuze, Sartre, Rezvani, Claude Roy. Ce grand portraitiste fait revivre une Simone de Beauvoir pleine de vie, fantaisie, inconscience des dangers. Sartre, « c’est l’intelligence en acte et au travail, la générosité enracinée dans l’intelligence, une égalité vivante, vécue par lui en profondeur et qui par une miraculeuse contagion, nous gagnait tous ». A la vitesse du lièvre, nous parcourons trois quarts de siècle. Il s’identifie à ce fou de la vie qui pullulait dans la Pologne nazie et s’enfuyait des camps de concentration en passant sous les barbelés. « Je n’ai rien oublié, j’ai vécu superbement, passionnément » comme son livre.