Les Abeilles et la Guêpe, par François Maspero

Publié le 24 janvier 2009
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Dans un mouvement qui entremêle passé et présent, François Maspero se remémore et raconte ces rencontres qui ont marqué sa vie, ses engagements, ses combats, ses errances dans notre monde chaotique, de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui.

Libraire, éditeur, traducteur ou écrivain, François déclare être entré -par effraction- dans toutes les professions qui ont été les siennes.

Dans son roman Les Abeilles et la Guêpe, François Maspero relate ses débuts de libraire « aiguilleur », « révélateur », d’éditeur » qui participe au motif », son engagement contre la guerre coloniale de la France en Algérie -qui lui valut la saisie de beaucoup d’ouvrages -, les difficultés de maintenir à flot sa librairie qui résiste grâce au soutien d’un réseau d’amis fidèles, son départ des éditions au début des années quatre-vingt. De ces années, il nous restitue les espoirs et les déceptions. Sans complaisance pour lui-même ni regret, il s’interroge sur le sens du combat qui l’a conduit auprès de Che Guevara, de Fidel Castro ou encore de Frank Fanon, en Amérique latine, en Algérie ou à Cuba. Pour comprendre ce Maspero-là, il interroge son enfance. Il a douze ans et vient d’apprendre la mort de son père, Henri Maspero à Buchenwald, celle de son frère, Jean Maspero à dix-neuf ans, résistant actif et engagé dans la bataille de la Moselle. Ces deux êtres trop tôt disparus auraient-ils approuvé ses propres choix ? Il croise les témoignages recueillis sur la fin de son père à Buchenwald, les souvenirs de Jorge Semprun. Pour son frère, dont il loue le courage, l’engagement total, il soulève la question de la responsabilité de la direction communiste qui envoie commettre des attentats préparés par elle des jeunes inexpérimentés. C’est sur la toile de fond de ces deux êtres chers que François Maspero nous promène de rencontres fraternelles en découvertes littéraires. Il évoque ses voyages dans l’ex-Yougoslavie en 1995, 1999, y reconnaît cette atmosphère qui « pue la mort », »les purifications ethniques ». La richesse des rencontres constitue le « roman de la vie ». Dans le récit de sa vie, il nous livre l’inquiétude du survivant qui doit assumer l’héritage des convictions défendues par les siens. Face à la « démission des pays riches » face au Kosovo, ou d’autres drames, il souligne « notre complaisance passive ». « Témoigner est-il en soi un combat ? » s’interroge-t-il. Maspero écrit son histoire avec le souci de toujours relativiser. « Le progrès ne me semble pas possible. Il reste l’espoir ».