Ne vous résignez jamais par Gisèle Halimi

Publié le 14 avril 2009
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400x300_10408_vignette_Gisele-Halimi-4Le refus de se résigner et de se laisser recroqueviller par ses 80 ans est à l’origine de la décision prise par Gisèle Halimi un certain 27 juillet 2007 d’écrire ce livre.

Elle l’a entrepris pour témoigner d’une vie consacrée au féminisme, livrer les réflexions qui ont présidé au choix de tous ses combats.

Son féminisme, raconte-t-elle s’est nourri de la lecture du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, mais elle le considère très différent du sien :le sien est né d’une révolte violente dès sa pré-adolescence contre l’éducation reçue, la discrimination entre ses frères et elle, l’obligation entre autres de les servir.Elle est née dans la Tunisie des années 30. Son père Edouard, était un fabuleux conteur mais inculte ; sa mère Fritna, fille de rabbin était pétrie de croyances et de traditions. Pour obtenir gain de cause, elle tint une grève de la faim quatre jours. « Mon féminisme instinctif s’est construit en même temps que se construisait ma vie ». Il l’a amenée à investir dans les études, puis la profession d’ avocate politique, à plaider dans les grands procès faits aux militants de l’indépendance de la Tunisie, puis de l’ Algérie,à transgresser la loi quand elle décide deux fois d’avorter. Etablissant les liens entre les racines sociales de l’oppression en général et l’ oppression des femmes en particulier, elle amène le féminisme sur le terrain politique, à travers des procès politiques, des manifestes, la désobéissance civile, une mobilisation permanente pour le changement des lois françaises. Le droit à l’avortement fut l’affaire de sa vie : le manifeste des 343, le procès Bobigny, le mouvement « Choisir »dont elle est la fondatrice, puis la présidente, défièrent le pouvoir, la loi, en réclamèrent une autre, accordant aux femmes le droit de choisir de donner ou non la vie, véritable passeport philosophique pour construire leur liberté dans tous les domaines. Le procès de Bobigny en 1972, est celui d’une jeune fille de 16 ans qui avait avorté. Grâce à la plaidoirie de l’auteur, la mobilisation de l’opinion publique, le soutien de personnalités comme Aimé Césaire, elle est acquittée.

Le 5 avril 1971, 343 femmes, parmi lesquelles F. Sagan, S. de Beauvoir, M. Duras, C. Deneuve font publier dans le Nouvel Observateur un manifeste dit des 343 « salopes » où elles affirment avoir avorté et réclament un libre accès aux moyens contraceptifs et le droit à l’avortement.

Il aboutira à la loi de Simone Veil le 17 janvier 1975. Elle rappelle ses réflexions concernant le mythe de l’instinct maternel, la distinction à faire entre le désir d’enfant (facultatif) et la revendication du droit à l’enfant, dérive actuelle de la procréation assistée. En tant que députée sous la présidence de Mitterrand elle avait fait voter l’interdiction des mères porteuses, mais le débat reste entier : la « location des ventres » ne doit pas être autorisée ! D’autres combats mobilisèrent le mouvement « Choisir », la lutte contre le viol en 1978, l’égalité professionnelle, le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale en 1981, la lutte contre les violences faites aux femmes, l’interdiction de la prostitution par la pénalisation des clients, la parité en politique à partir de 1992. « Choisir » joue dans la cour des grands depuis 1995, quand Chirac crée l’observatoire de la parité entre hommes et femmes. « Choisir » vient de publier « la clause de l’Européenne la plus favorisée » étude comparative des avancées les plus notables du féminisme dans l’Europe des 27, mais elle a aussi à son actif une multitude d’initiatives et une nombreuse bibliographie, parue chez Gallimard. Un fil rouge se déroule le long de cet essai testamentaire : « Ne vous résignez jamais ». « Démasquez tous les alibis, dérives et détournements actuels des avancées féminines pour les dévoyer et les neutraliser ».