Un homme heureux par Arto Paasilinna

Publié le 29 novembre 2008

Un homme heureux par Arto Paasilinna est un conte rempli de poésie qui sous ses airs naïfs asticote une société repliée sur elle-même et passablement querelleuse et invite à plus de tolérance et d’ouverture à la nouveauté. Akseli Jaativen a été chargé de construire un nouveau pont dans le village finlandais de Keruswäki, à l’endroit même où, pendant la guerre civile de 1918, une sanglante bataille a opposé Blancs et Rouges. Dans ce milieu fermé, de maladresses en malentendus, de bisbilles en provocations, les relations se tendent entre les notables locaux et le nouveau venu. Ce dernier se fait rosser, humilier, puis finalement renvoyer de son poste d’ingénieur des ponts et chaussées. Mais Jaativen n’est pas un homme à se laisser faire Il prépare une diabolique vengeance, dont ses persécuteurs se mordront les doigts. Nous sommes entraînés dans un conte à l’ambiance ouatée, innocente dans un village nordique, hors du temps. L’écriture simple, presque enfantine, quand l’auteur joue avec les répétitions renforce l’impression de légèreté. L’auteur croque une savoureuse galerie de portraits caricaturaux et franchement drôles. Son humeur se fait grinçant lorsqu’il s’attaque aux représentants de l’ordre, aux fonctionnaires et aux ecclésiastiques.

Zone par Mathias Enard

Publié le 29 novembre 2008

Un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l’Histoire. Réminiscences livresques ou vécues entremêlées meublent la solitude d’une nuit de train. Fils d’un Français qui a fait la guerre d’Algérie et d’une pianiste d’origine croate, adolescent imprégné de patriotisme, puis d’idées d’extrême droite, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, en Croatie, puis en Bosnie. Certaines scènes de carnage auxquelles il a participé hantent ses insomnies. Saturé de violence, il s’est fait oublier à Venise où sa fiancée Marianne l’a rejoint avant de le larguer. Puis il s’est engagé en France dans un service de renseignement où il a connu quelques temps une Stéphanie. Nous revenons alors aux raisons de sa présence dans le train Milan -Rome. Au terme de sa longue carrière il doit recevoir d’un représentant du Vatican 300 000euros en échange d’une mallette pleine de secrets diplomatiques, concernant des centaines d’individus têtes brûlées, hommes de l’ombre qu’il a côtoyés pendant sa longue carrière de légionnaire, puis d’espion. L’auteur réalise un étourdissant tour de force en contenant les 500 pages de son récit en une seule phrase. Zone par Mathias Enard est un roman au rythme […]

La pierre de patience par Atik Rahimi

Publié le 29 novembre 2008

Dans Kaboul aux prises avec la guerre civile, l’héroïne passe ses journées au chevet de son mari dans le coma. Il meurt des blessures reçues au combat. Elle prie, égrène son chapelet, scande 99 fois l’un des noms d’Allah, souffle, recommence. Elle se berce au son de sa propre litanie. Elle craint ce corps inerte, lui murmure des choses insensées, jamais prononcées, fragments de tendresse, illusions perdues, frustrations. Une audace la tenaille, l’impatience monte en elle. Elle s’insurge de plus en plus, laisse des paroles âpres, folles s’échapper. Lui viennent alors des mots interdits, des mots rebelles. Elle apostrophe Dieu et son enfer, insulte les hommes, leurs guerres, maudit son époux, héros vaincu par son orgueil de mâle, son obscurantisme religieux. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de s’être sacrifié lui-même. Elle lui parle de plus en plus. C’est une extraordinaire confession sans retenue qui lui permet de se libérer de l’oppression conjugale, sociale, religieuse. L’urgence et la nécessité de son émancipation sont amenées par toute une série d’incidents, intrusions menaçantes de la guerre dans un huis clos de plus en plus étouffant. Son écriture sèche, précise rappelle celle du nouveau roman ou celle d’un scénario. […]

Les nains de la mort par Jonathan Coe

Publié le 29 novembre 2008

Londres est célèbre depuis longtemps pour l’effervescence de sa vie musicale, mais l’envers du décor n’est pas toujours reluisant. William, jeune compositeur ambitieux ne cesse de se heurter aussi bien dans sa vie quotidienne que dans ses ambitions professionnelles à toutes sortes d’avanies. Le roman commence par le meurtre de l’un de ces confrères assassiné sous ses yeux par deux nains cagoulés. On découvre tout un monde interlope de musiciens ratés, de barmaids écossaises et de louches managers. Pour William, la vie est un cauchemar. Les séances d’enregistrement sont pathétiques, hystériques, les musiciens minables, ses amours sans espoir, sa colocataire vit une totale tragédie et lui –même devient le principal suspect du crime dont il est le seul témoin. Conçu comme une véritable composition musicale avec intro, interlude, solo, reprise, les « nains de la mort » explore tout un pan de la société britannique méconnu. La satire sociale assez impitoyable est accompagnée d’un humour grinçant. Les nains de la mort par Jonathan Coe est également un thriller mené à un rythme resserré. L’auteur montre enfin une bonne connaissance musicale et une grande tendresse pour tous ces groupes rocks, underground de Londres de la fin des eighties, leurs tics et […]

Vers un nouveau capitalisme par Muhammad Yunus

Publié le 27 novembre 2008

Je viens de découvrir avec bonheur le dernier livre de Muhammad Yunus « vers un nouveau capitalisme », l’inventeur du micro-crédit, et prix Nobel de la paix en 2006. Il appelle au développement des « social business », nouvelles entreprises privées à vocation humanitaire, sociale, et non lucrative. Il propose d’utiliser les vertus du marché (efficacité, dynamisme, innovation, développement…) pour les appliquer à la réduction de la pauvreté et à la résolution des problèmes sociaux et écologiques. Il en distingue deux types : celles qui appartiennent à des investisseurs ou propriétaires, mais à qui elles ne reversent rien au-delà du remboursement de la mise de départ. Elles ne reversent pas de dividendes à leurs actionnaires. Les profits sont réinjectés dans le projet, les investisseurs sont donc motivés par son impact social. Et il y a celles qui appartiennent à des pauvres : les dividendes sont reversés à leurs propriétaires (pauvres) : la Grameen Bank en est une. Dans cet ouvrage, il rappelle l’incroyable histoire de cette entreprise, créée par lui il y a trente ans dans le village de Jobra au Bangladesh, et à l’origine du microcrédit qui touche aujourd’hui dans le monde plus de 100 millions de personnes. La […]

L’affaire Alphonse Courrier par Maria Morazzoni

Publié le 5 novembre 2008

Il a décidé pour sa propre vie de ressentir le moins de douleur possible et pour cela il veut maîtriser toutes les étapes de sa vie, anticiper et écarter toute possibilité d’imprévu. A trente ans, il dirige dans un village d’Auvergne, une quincaillerie florissante. Il a choisi une épouse dont les vertus domestiques sautent aux yeux de tous mais qu’il n’aime pas et il jouit d’une estime indiscutable. En réalité derrière la façade du conformisme, bien des passions réprimées couvent : celle qu’il inspire à Germaine, une jeune domestique strabique, celle qu’il partage en secret avec Adèle pendant des années, la femme la plus laide du village ; mais aussi la guerre larvée entre la vielle madame Courrier et la nouvelle. Les rebondissements et les chassés croisés se succèdent, sous le regard oblique des autres, comme dans une tragédie grecque, et sous celui du narrateur, impliqué, ironique, narquois. Jusqu’au jour où le vaudeville se transforme en catastrophe. Le narrateur –observateur et dramaturge à la fois parvient à donner corps, couleur, intensité dramatique aux principaux protagonistes. On retrouve l’atmosphère de la province de Balzac, la même détermination maniaque des personnages, l’apparente froideur de Flaubert, le pessimisme de Maupassant. Bref, une nouvelle […]

Le passé devant soi de Gilbert Gatore

Publié le 5 novembre 2008

Il s’agit d’un premier roman écrit à 26 ans par un survivant de la tragédie rwandaise, qu’il a fuit avec sa famille en 1994. Le passé devant soi de Gilbert Gatore est un premier roman d’une série annoncée : « figures de la vie impossible » Le roman évoque les évènements sanglants de son pays, mais sans jamais donner son nom, ni celui des belligérants. Le Niko, muet de naissance, au sourire hideux, souffre de ses handicaps et de l’abandon de son seul parent, le père. Il rejoindra le camp des massacreurs pour trouver dans le statut de bourreau, une place sociale, un pouvoir inattendus. Quand il n’y a plus personne à massacrer et pour fuir ses propres remords physiquement insoutenables, il se réfugie dans une île habitée par des grands singes. Devenu leur prisonnier il se voit appliquer par eux une justice implacable et payer dans une mort lente et douloureuse sa culpabilité . L’autre personnage principal est une jeune femme Isaro victime sauvée par un couple de Français, amis de ses parents assassinés sous ses yeux. Ils la ramènent à Paris, l’adoptent, l’entourent de leur affection mais cette dernière les abandonne, interrompt ses brillantes études un jour qu’elle entend par […]

L’oracle della Luna par Frédéric Lenoir

Publié le 5 novembre 2008

En 1545, les moines du Monastère San giovanni in Venere dans les Abruzzes recueillent le corps ensanglanté d’un inconnu d’une trentaine d’années. Il faudra toute la patience et l’obstination du prieur Dom Salvatore pour aider le jeune homme à recouvrer la santé, puis la mémoire. Alors le lecteur apprend son nom, Giovanni Tratore. Originaire des Calabres, fils de paysan, ce dernier tombe amoureux d’une noble vénitienne Elena, dont le navire s’est échoué près du village. Elle aussi le remarque, quand il est fouetté en public, pour l’avoir épiée au-dessus de sa chambre. Obsédé à l’idée de la retrouver, Giovanni prend la route pour traverser l’Italie et rejoindre la cité des Doges. La quête amoureuse se transforme en chemin initiatique. En effet, en pleine forêt, il fera deux rencontres marquantes. La première sera la belle sorcière Luna qui lui prédit un singulier destin, de feu et de sang. La seconde sera dans la même forêt, se cachant du monde, Maître Lucius, célébrissime astrologue, grand érudit, passionné par la philosophie, la religion, les sciences, le libre arbitre … Giovanni restera trois ans à ses côtés, le temps de se former et devenir à son tour un brillant astrologue. C’est doté de ce […]