Quitter le monde par Douglas Kennedy

Publié le 27 août 2009

220px-Kennedy00208Je viens de lire le dernier Douglas Kennedy « Quitter le monde » pour satisfaire ma curiosité sur celui qu’on appelle le maître du thriller, le maître du suspens et du mélange des genres : drame psychologique et roman social sont habilement mêlés. Le récit est bien construit, dense et intelligent.

L’intrigue psychologique obéit à une construction sans faute, les personnages sont attachants, son héroïne criante de vérité et émouvante.

Voilà une héroïne en proie à la malchance, et à la culpabilité.

Malgré les nombreux atouts qui auraient dû lui assurer dans la société américaine contemporaine une réussite éclatante, beauté, intelligence, un cursus universitaire sans faute, un doctorat dans la prestigieuse Harvard, Jane Howard se débat contre les coups du sort qui la mènent à l’hôpital psychiatrique.

Elle ne cesse de se rendre responsable des malheurs qui l’accablent, depuis ses treize ans. La culpabilité est partout pour Jane. Dans les reproches de sa mère qui la tient responsable de l’échec de son propre mariage. Son mari fuit le lendemain du jour où Jane sort à ses parents qu’elle ne se mariera jamais et qu’elle n’aura jamais d’enfant. Quinze ans plus tard, elle se rendra responsable de l’échec de sa première histoire d’amour avec son prof d’ Harvard et du suicide de ce dernier. Le FBI la rend responsable de la fuite de son escroc de père, à qui elle a envoyé en toute innocence de l’argent. C’est encore par sa faute si son histoire d’amour avec Théo se solde par une faillite financière et le harcèlement de toute une myriade de créanciers, si elle ne parvient pas à empêcher sa petite Emily de se jeter sur un camion.

Une violente dépression la mène à la tentative de suicide et à l’hôpital psychiatrique. Pourquoi tant d’échecs ? Est-ce le pur hasard ? Le poids criminel des mots de la mère, ses propres doutes, son manque de confiance en elle ? Le roman n’est pas qu’un drame psychologique d’une bonne tenue, sans mélo, il est aussi un roman social qui met à mal les fausses valeurs américaines et canadiennes. Il partage le regard acide de David Lodge sur le monde universitaire, son conformisme ennuyeux, petit-bourgeois, l’humour en moins … Il règle ses comptes avec la famille, la religion, le monde de la finance et de l’industrie cinématographique. Cette victime de nos sociétés sans âme trouvera la force de se raccrocher à la vie grâce à un fait divers. Et la voilà en train de mener sa propre enquête policière et de doubler la police dans la recherche d’une jeune fille et de son bourreau.

Mais dira-t-on, Kennedy a réuni là tous les ingrédients nécessaires à un succès de librairie. Pour peu qu’on se laisse entraîner, berner par cette série de rebondissements, les clichés convenus sur les travers de nos sociétés, la malchance, on aura quelques heures de lecture facile, agréable, reposante.