Le Roman d’un pianiste par Mikhaïl Rudy

Publié le 28 février 2010
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L’autobiographie de Mikhaïl Rudy me donne une envie folle de courir à ses concerts, de découvrir les interprétations personnelles à la Glenn Gould de ce grand pianiste russe. Elle m’a convaincue qu’il devait mettre dans ses concerts la même énergie généreuse que dans le récit de sa vie.

Ses concerts et ses enregistrements lui ont valu d’innombrables récompenses et le statut de soliste international au plus haut niveau. Mais ce n’est pas tant son glorieux palmarès qui constitue l’intérêt principal de son autobiographie que son témoignage saisissant de l’époque brejnévienne et de la flamme individuelle qu’il communique au travers le récit de sa vie. C’est elle qui lui a permis de résister au rouleau compresseur soviétique et aux serres du KGB. Son histoire individuelle se lit comme un roman policier. Avec des mots simples, Mikhaïl Rudy raconte son incroyable parcours depuis sa petite enfance passée dans un souterrain d’une ville industrielle de l’Ukraine du Sud, Stalino. Son premier contact avec la musique eut lieu à ses quatre ans, en 1957. Mikhaïl Rudy entendait son voisin s’entraîner au violon et lui répondait sur le piano familial. Ses dons musicaux ainsi découverts lui valent de se faire inscrire dans le collège musical de la ville. Son premier prof de piano lui fait craindre ses bagues, mais le dote d’une solide technique et lui fait brûler les étapes.

Avant de se retrouver au conservatoire Tchaïkovski de Moscou, Mikhaïl Rudy aura découvert le lourd passé de ses parents rescapés de la terreur stalinienne, le trac des concerts, la violence des bandes rivales de son quartier, la littérature mondiale en autodidacte et le répertoire musical russe du XXe :

Chedrine, Chostakovitch, Alban Berg, Stravinski, Prokofiev. Devenu étudiant au conservatoire de Moscou, il découvre la schizophrénie des années brejneviennes, la délation mise en place par le KGB. Dans ce prestigieux conservatoire, six disciplines d’endoctrinement soviétique étaient à étudier avant la musique. Pour tous ces étudiants lauréats des concours internationaux, les interminables nuits d’entraînement étaient parfois nécessaires. Le KGB lui interdit de sortir du pays pour se présenter à des concours internationaux jusqu’en 1975. Mikhaïl Rudy découvrit Paris à l’occasion du concours Marguerite Long. Mais il « ne franchira le miroir »que l’année suivante, à l’occasion d’une tournée des jeunesses musicales. Il demande alors l’asile politique dans des conditions rocambolesques. Tout se bouscule alors dans sa vie, la notoriété publique, la rencontre avec les grandes personnalités de son époque : Rostropovitch, Noureev, Karajan, Messiaen, Chagall, Zinoviev.

Le rythme haletant nous entraîne dans un tourbillon de réflexions, d’anecdotes révélatrices de l’univers brejnévien, et du monde artistique international à Paris.

Il devient alors l’un des artistes les plus aimés du public. Avec ce livre, Mikhaïl Rudy signe une œuvre étonnement vivante.