Ru par Kim Thuy

Publié le 11 mars 2010
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Kim-Thúy-(c)-Sarah-ScottEn Français, RU signifie « petit ruisseau ». En vietnamien, RU signifie »berceuse ». Ces deux significations du mot RU constituent la charpente poétique des souvenirs dans lesquels l’auteure nous entraîne. Plus que leur mise à nu dans le désordre, au gré des réminiscences, le récit de Kim Thuy m’est apparu comme une promenade dans une galerie d’art.
Une multitude de tableaux poétiques, légèrement esquissés sur de courtes pages suggèrent parfaitement la dispersion des éléments de sa vie et la difficulté à se construire.

Kim Thuy quitte avec sa famille le Vietnam à l’âge de 10 ans. Elle restitue de ce paradis perdu des images fortes, des portraits, des sensations. Issue d’une famille aisée, dont les aïeux furent préfets, scientifiques, politiciens, et elle-même née à Saïgon en 1968, en pleine offensive du Thêt, Kim Thuy ne fut atteinte par la guerre qu’à la fin des combats, à partir de 1975. Alors, l’installation des communistes partout, dans sa propre maison, les murs de brique dans les pièces, la surveillance de tous les instants, les disparitions constituent son quotidien jusqu’à la fuite par mer jusqu’à la Malaisie.

Avec deux cents autres boat people, Kim Thuy vécut la peur au ventre, l’entassement au fond d’une cale nauséabonde, puis le camp en Malaisie où il fallut survivre à 2000 au milieu des mouches, des déjections, la faim et la dysenterie.

Au milieu de ces tableaux noirs juste esquissés, en apparaissent d’autres plus ensoleillés sur leur installation au Québec.
Kim Thuy prouve qu’on peut échapper à la guerre, au communisme, aux pirates, à la haine et surtout au vide identitaire qui frappe les apatrides et se reconstruire. Son amour de la vie est là. Kim Thuy dit sa force de l’émerveillement, sa quête du bonheur et de l’amour. Au détour de ses courtes pages et au gré de ses phrases suggestives, Kim Thuy dit sa reconnaissance à ses anges gardiens et aux premiers d’entre eux ses parents. “Ils nous ont offert des pieds pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini” . Elle dit sa compassion pour les êtres broyés par la guerre, échoués dans leur voisinage et réduits à l’état d’ombres ou de fantômes. Kim Thuy dit son admiration pour les vieilles femmes courbées qu’elle a vues en grand nombre lors de ses passages récents au Vietnam : « elles ont porté le Vietnam sur leur dos, pendant que leur mari et leurs fils portaient les armes sur le leur ». “Je me suis avancée dans la trace de leurs pas comme dans un rêve éveillé où le parfum d’une pivoine éclose n’est plus une odeur, mais un épanouissement ; où le rouge profond d’une feuille d’érable à l’automne n’est plus une couleur, mais une grâce, où un pays n’est plus un lieu, mais une berceuse.” Kim Thuy