Seul dans le noir par Paul Auster

Publié le 31 mars 2009
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Paul Auster author from USA in Stockholm 2003August Brill est le narrateur, ancien critique littéraire à la retraite, 72 ans et handicapé depuis un accident de la route. Veuf, il vit chez sa propre fille et regarde des films à longueur de journée avec Katya, sa petite fille qui a le cœur brisé. La nuit, « seul dans le noir », il s’invente des histoires pour échapper aux remords, aux angoisses. Il fait surgir ainsi une Amérique parallèle, en proie à la guerre civile.
August Brill est le narrateur, ancien critique littéraire à la retraite, 72 ans et handicapé depuis un accident de la route. Veuf, il vit chez sa propre fille et regarde des films à longueur de journée avec Katya, sa petite fille qui a le cœur brisé. Elle avait quitté son fiancé juste avant qu’il ne parte servir en Irak, où il a été enlevé, puis exécuté. Myriam est aussi inconsolable après cinq ans de divorce. Sous le même toit vivent donc trois êtres écorchés, rongés par le remords. August joue son rôle de tampon, il écoute et console.

Insomniaque la nuit, notre narrateur « seul dans le noir » essaie de trouver le sommeil ou du moins chasser ses souvenirs et ses angoisses en s’inventant des histoires.

Apparaît ainsi Owen Brick, magicien new-yorkais, trente ans, heureux en ménage. Un matin, il se réveille et découvre qu’il est au fond d’un trou. Au bout de 24 heures, un militaire l’en dégage, mais pour lui expliquer qu’il se trouve dans une autre Amérique, en pleine guerre civile, depuis les élections présidentielles de 2000. Plusieurs Etats ont fait sécession et sont bombardés par les « Fédéraux ». Cette Amérique parallèle n’a connu ni de 11 septembre ni de guerre en Irak. Notre héros reçoit la mission d’exécuter le responsable de la guerre civile, celui qui l’a créée par son imagination. La cible à atteindre est modifiée au cours du récit. Quoi qu’il fasse, il ne cesse d’être rattrapé par ceux qui l’ont missionné et le menacent à son tour. Le nouvel homme à abattre s’appelle comme par hasard August Brill. Le lecteur navigue entre le monde réel du narrateur et les fragments de son récit imaginaire sans jamais se perdre, happé par un rythme narratif soutenu et tous les personnages, tous aussi crédibles les uns que les autres, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre monde.

Paul Auster nous propose ainsi une réflexion sur la fragilisation des institutions et de la cohésion américaines, les violences affectives qui marquent durablement les destins individuels

(coupable et victimes ne parviendront à se libérer des erreurs du passé qu’au prix d’un dépassement de soi, une rédemption mutuellement accordée) enfin une réflexion sur les pouvoirs révélateurs de la littérature. Son pouvoir ne consiste-t-il pas à dévoiler les parts d’ombre d’une époque, d’une société, des individus qui la composent et verbaliser leur mal de vivre et leurs errances. Enfin y a-t-il une frontière entre le réel et l’imaginaire ? Un récit court, efficace qui donne à méditer longtemps.