Le baiser de sorcière par Pierre Bergounioux

Publié le 2 mai 2014

Cette œuvre littéraire est composée de deux courts textes, publiés tête bêche. L’essai contient 70 pages et le récit 46. Le premier s’intitule « le récit absent » et le second « le baiser de sorcière ». J’ai commencé par le récit, unique en son genre, très vite fascinée par la nouveauté du contenu, son intérêt documentaire, une page jamais écrite de la prise de Berlin, par l’Armée Rouge en avril 1945. Les blindés (les JS 22) ouvraient la voie, suivis de près par l’infanterie. Dans les tanks, des intellectuels, à pied  des Caucasiens illettrés. L’illusion du réel est parfaite, tant les connaissances techniques et historiques  sont précises. Nous sommes au cœur  des combats de rue, nous respirons le diesel et la chair calcinée, nous éprouvons la même nausée que les tankistes, nous sommes morts de soif et de peur, le bruit assourdissant  du canon nous crève les tympans. Le récit absent concerne plusieurs absences. C’est celui qu’aucun tankiste soviétique n’a pu écrire des combats dans Berlin. Ceux qui l’auraient pu l’écrire sont morts à cause de l’efficacité  des panzerfausts  nazis. Ces lance-fusées carbonisaient tous les hommes dans le tank. A la place de la tourelle, on voyait  un trou noir, un cratère qui suggérait la […]

Le quatrième mur, par Sorj Chalandon

Publié le 27 avril 2014

Georges est un jeune idéaliste politisé né en 1950. Après avoir activement participé à Mai 68, il se trouve investi d’une mission impossible, monter la pièce Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre civile. En effet, il en a fait la promesse à son ami Sam qui est en train de mourir. Tous les deux sont des figures emblématiques de la période de mai 68. Georges a été un militant courageux, qui a trouvé dans le théâtre un exutoire à la politique. Sam (Samuel Akounis) est un Grec, juif antifasciste, du temps des colonels, il a connu la prison, les tortures, puis l’exil à Paris. Lui aussi est passionné de théâtre. Lui aussi défilera en réclamant le retour à la terre des Palestiniens. Ces points de rencontre leur ont permis de construire une amitié pour la vie, thème majeur de ce roman. Mais Sam est en train de mourir alors qu’il finissait de constituer le casting de la pièce, après deux ans de recherche à Beyrouth. Il s’agit de faire jouer ensemble des ennemis dans la vie réelle. Nous sommes en 1982. Sunnites, Chiites, Phalangistes, Druzes, Maronites, Palestiniens s’entretuent. La pièce doit être jouée une fois, au milieu d’un champ […]

Au revoir là Haut, par Pierre Lemaitre

Publié le 26 avril 2014

Le premier chapitre plonge le lecteur dans l’horreur des tranchées à la fin de la première Guerre Mondiale. Pierre Lemaitre réalise le tour de force de camper en peu de mots l’ambiance du front. Il découvre les deux personnages principaux du roman aux prises avec l’enfer de la guerre, quelques jours avant l’amnistie. Il aurait réécrit 22 fois ce chapitre. Alors que les poilus aspirent à l’arrêt des combats, un officier, le troisième personnage important du roman, le capitaine Pradel envoie deux éclaireurs s’exposer sur la ligne du front. En les tuant de dos, il trouve le prétexte pour lancer ses troupes dans un nouvel assaut. Albert faillit mourir étouffé dans un nouvel assaut. Edouard le sauve, mais un éclat d’obus fait de lui une gueule cassée. Les autres chapitres, pour ceux qui l’ignorent, évoquent la grande misère de beaucoup de survivants de la guerre 14-18. Pour échapper à cette misère, Edouard et Albert montent une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Ils enverront à toutes les communes pleurant leurs défunts, des croquis de monuments aux morts et réclament des paiements à la commande. Avec la fortune accumulée, ils comptent s’enfuir à l’étranger, sans songer à une quelconque réalisation des dits monuments. […]

Une femme fuyant l’annonce par David Grossman

Publié le 13 novembre 2011

Ora est une femme séparée de son mari depuis peu quitte son foyer de Jérusalem pour fuir la nouvelle tant redoutée : l’annonce de la mort de son second fils, Ofer. Ce dernier termine en effet son service militaire et s’est porté volontaire pour une opération en Cisjordanie. Sa mère veut espérer qu’il ne mourra pas si on ne peut la prévenir. Comme si en fuyant l’annonce, Ora protégeait son fils de tout danger. La randonnée en Galilée qu’elle avait prévue avec lui, elle l’entreprend avec Avram, son amour de jeunesse. Cet homme est revenu dévasté de la guerre du Kippour, il a connu les geôles égyptiennes, il est le père biologique d’Ofer, mais il a toujours refusé de le connaître et d’apprendre quoi que ce soit sur lui. Ora pour conjurer le sort, veut croire aux bienfaits de la pensée magique et pour maintenir son fils en vie, elle va installer peu à peu le récit de ses faits et gestes. Ce sont des moments de pure émotion qu’elle nous délivre peu à peu, en même temps que les différentes facettes de son tempérament à elle généreux, passionné, complexe. A travers son récit à différents niveaux, Grossman montre avec quelle […]