Le quatrième mur, par Sorj Chalandon

Publié le 27 avril 2014

Georges est un jeune idéaliste politisé né en 1950. Après avoir activement participé à Mai 68, il se trouve investi d’une mission impossible, monter la pièce Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre civile. En effet, il en a fait la promesse à son ami Sam qui est en train de mourir. Tous les deux sont des figures emblématiques de la période de mai 68. Georges a été un militant courageux, qui a trouvé dans le théâtre un exutoire à la politique. Sam (Samuel Akounis) est un Grec, juif antifasciste, du temps des colonels, il a connu la prison, les tortures, puis l’exil à Paris. Lui aussi est passionné de théâtre. Lui aussi défilera en réclamant le retour à la terre des Palestiniens. Ces points de rencontre leur ont permis de construire une amitié pour la vie, thème majeur de ce roman. Mais Sam est en train de mourir alors qu’il finissait de constituer le casting de la pièce, après deux ans de recherche à Beyrouth. Il s’agit de faire jouer ensemble des ennemis dans la vie réelle. Nous sommes en 1982. Sunnites, Chiites, Phalangistes, Druzes, Maronites, Palestiniens s’entretuent. La pièce doit être jouée une fois, au milieu d’un champ […]

Au revoir là Haut, par Pierre Lemaitre

Publié le 26 avril 2014

Le premier chapitre plonge le lecteur dans l’horreur des tranchées à la fin de la première Guerre Mondiale. Pierre Lemaitre réalise le tour de force de camper en peu de mots l’ambiance du front. Il découvre les deux personnages principaux du roman aux prises avec l’enfer de la guerre, quelques jours avant l’amnistie. Il aurait réécrit 22 fois ce chapitre. Alors que les poilus aspirent à l’arrêt des combats, un officier, le troisième personnage important du roman, le capitaine Pradel envoie deux éclaireurs s’exposer sur la ligne du front. En les tuant de dos, il trouve le prétexte pour lancer ses troupes dans un nouvel assaut. Albert faillit mourir étouffé dans un nouvel assaut. Edouard le sauve, mais un éclat d’obus fait de lui une gueule cassée. Les autres chapitres, pour ceux qui l’ignorent, évoquent la grande misère de beaucoup de survivants de la guerre 14-18. Pour échapper à cette misère, Edouard et Albert montent une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Ils enverront à toutes les communes pleurant leurs défunts, des croquis de monuments aux morts et réclament des paiements à la commande. Avec la fortune accumulée, ils comptent s’enfuir à l’étranger, sans songer à une quelconque réalisation des dits monuments. […]

Les heures souterraines par Delphine de Vigan

Publié le 6 janvier 2010

Les heures souterraines par Delphine de Vigan est une fiction criante de vérité sur deux solitudes en plein Paris, piégées dans les embouteillages et les transports en commun. L’auteur a su aller au plus profond de la souffrance générée par le harcèlement moral et le désert affectif, sur fond de transports saturés. Delphine de Vigan nous conte la double histoire de Mathilde, 40 ans, harcelée depuis huit mois au travail, et de Thibault, médecin urgentiste qui répond au pied levé aux appels au secours lancés de tous les coins de Paris. Il se débat avec les embouteillages, les difficultés de stationnement pour remplir sa mission. Delphine de Vigan a imaginé un personnage doublement seul. Il vient de rompre avec l’amour de sa vie, une femme qui ne l’aime pas. En plein désespoir amoureux, il transporte quotidiennement sa solitude et court de domicile en domicile tenter de diagnostiquer et soulager des souffrances de toutes sortes. Aucune raison d’échapper à cette course solitaire sans fin, tant est universelle la misère humaine. Mathilde, l’autre héroïne de Delphine de Vigan vit d’autres « heures souterraines ». Elle en passe beaucoup chaque jour dans le métro, et le RER D pour se rendre à son […]

Des saisons au bord de la mer par François Maspero

Publié le 24 août 2009

Les « abeilles et la guêpe » avaient été l’an passé un bonheur de lecture. Cette autobiographie de François Maspero révélait une écoute aux tragédies contemporaines, un courage personnel et une générosité infinis. J’ai retrouvé dans ce nouveau récit de vie, la même sensibilité au monde, mais des perspectives et une écriture différents. Il ne s’agit plus de restituer le parcours de sa vie, mais de faire revivre dans un registre poétique, les traces de deux enfances heureuses, la sienne et celle de sa fille. Le mode de la narration à la troisième personne lui a donné une liberté de transposition et d’idéalisation qui explique l’unité, les résonances heureuses entre les deux récits. Il rassemble donc dans une première partie une masse de souvenirs visuels, sensoriels, émotionnels sur ses vacances d’été chez les grands parents dans le Boulonnais, sans doute la ville d’ Outreau. Il se souvient de tout ce qui en faisait les plaisirs : les jeux de plage, les parties de pêche avec les cousins, la chasse aux papillons avec le grand-père. Cet ancien médecin l’a initié à la curiosité du monde et de la nature. Mais dans les grands rassemblements familiaux de l’été, la seule personne avec qui il […]

Un brillant avenir par Catherine Cusset

Publié le 21 mai 2009

Elena est une jeune physicienne roumaine, née en Bessarabie juste avant la Seconde guerre mondiale et réfugiée en Roumanie. Encore étudiante, elle rencontre dans un bal un jeune homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Jacob est juif et ses parents s’opposent au mariage. Elena finit par le leur imposer, l’épouser et réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceausescu. Ils se retrouvent avec leur fils en Israël. Et là, elle va devoir se battre encore pour ne pas y rester, obtenir un visa pour les Etats-Unis et le financement de l’émigration. A quarante ans, enfin arrivée au pays de ses rêves, c’est un nouveau départ mais aussi une nouvelle confrontation avec la réalité. Sa belle fille Marie est une jeune intellectuelle française, à l’esprit orgueilleux et indépendant. Elle lui donne surtout l’impression de vouloir lui prendre son fils tant protégé, l’entraîner en France, « briser son brillant avenir américain ». Hélène comme elle décide de se faire appeler ne supporte pas non plus de voir son mari sombrer peu à peu dans la dépression et la solitude. Catherine Cusset nous offre la plongée dans la volonté de résister, d’être soi, quoi qu’il arrive. Il s’en dégage […]

la nuit de Geronimo par Dominique Sylvain

Publié le 14 mai 2009

Voila un roman policier qu’on oubliera très vite. L’enquêteuse est une détective privée, Louise Morvan, fouineuse obstinée et joli brin de fille. Elle a été contactée par une amie Philippine Domeniac. Cette dernière reçoit chaque matin le même email évoquant son père, qui s’est donné la mort il y a vingt ans. Le message laisse entendre que sa disparition a une origine criminelle, non élucidée. La victime étant désignée par son surnom d’enfant, seul connu de ses proches, les recherches se referment sur eux. La complexité de chacun a de quoi attiser la curiosité. La victime elle-même Thierry Domeniac, avait un parcours peu commun : précurseur de recherche sur les OGM, brillant scientifique, spécialiste de chimie moléculaire. Son frère cadet magnat de la grande distribution et PDG d’un laboratoire de génie génétique se rend régulièrement à Moscou. L’enquête tourne au cauchemar : une filature rapprochée pour Louise, des interrogatoires musclés au commissariat. Le premier suspect est retrouvé mort après avoir été torturé. La jeune femme qui a commandé l’enquête meurt assassinée ainsi que sa tante. Mafia russe, génie génétique, OGM, famille névrotique sont les ingrédients d’une intrigue riche en rebondissements mais sans ressort. L’ensemble est convenu, plat et ne mérite […]

Les Abeilles et la Guêpe, par François Maspero

Publié le 24 janvier 2009

Dans un mouvement qui entremêle passé et présent, François Maspero se remémore et raconte ces rencontres qui ont marqué sa vie, ses engagements, ses combats, ses errances dans notre monde chaotique, de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Libraire, éditeur, traducteur ou écrivain, François déclare être entré -par effraction- dans toutes les professions qui ont été les siennes. Dans son roman Les Abeilles et la Guêpe, François Maspero relate ses débuts de libraire « aiguilleur », « révélateur », d’éditeur » qui participe au motif », son engagement contre la guerre coloniale de la France en Algérie -qui lui valut la saisie de beaucoup d’ouvrages -, les difficultés de maintenir à flot sa librairie qui résiste grâce au soutien d’un réseau d’amis fidèles, son départ des éditions au début des années quatre-vingt. De ces années, il nous restitue les espoirs et les déceptions. Sans complaisance pour lui-même ni regret, il s’interroge sur le sens du combat qui l’a conduit auprès de Che Guevara, de Fidel Castro ou encore de Frank Fanon, en Amérique latine, en Algérie ou à Cuba. Pour comprendre ce Maspero-là, il interroge son enfance. Il a douze ans et vient d’apprendre la mort de son père, Henri Maspero à Buchenwald, […]

Le roi de Kahel de Tierno Monénembo

Publié le 23 décembre 2008

A travers la biographie d’un pionnier oublié de la colonisation française en Afrique de l’Ouest, le romancier guinéen Tierno Monénembo retrace le destin et la destruction de l’empire peul du Fouta-Djalon, région prospère au cœur de la Guinée actuelle. Le roi de Kahel nous entraîne dans l’Afrique de la fin du XIXe siècle, dans la période précédant le partage historique du continent noir par les grandes puissances à Berlin. A travers les aventures d’un certain Aimé Victor Olivier, vicomte de Sanderval et précurseur de la colonisation française de l’Afrique de l’ouest, Monenembo restitue les derniers éclats de l’empire théocratique peul du Fouta-Djalon. Le Français fut l’un des premiers à l’explorer et à le faire connaître à ses compatriotes avant de voir toutes ses tentatives d’établir des rapports commerciaux d’égal à égal avec ce royaume réduites à néant, sous la pression d’une administration belliqueuse et enfermée dans sa soi-disant supériorité civilisationnelle. Cet explorateur fut un grand héros dans son temps. Ses nombreux voyages à travers l’empire peul faisaient le régal des gazettes et des journaux de l’époque. En Guinée qui a été dessinée, rappelle l’auteur pendant la période coloniale sur les vestiges du Fouta-Djalon conquis par l’armée française, la mémoire d’Aimé […]

Zone par Mathias Enard

Publié le 29 novembre 2008

Un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l’Histoire. Réminiscences livresques ou vécues entremêlées meublent la solitude d’une nuit de train. Fils d’un Français qui a fait la guerre d’Algérie et d’une pianiste d’origine croate, adolescent imprégné de patriotisme, puis d’idées d’extrême droite, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, en Croatie, puis en Bosnie. Certaines scènes de carnage auxquelles il a participé hantent ses insomnies. Saturé de violence, il s’est fait oublier à Venise où sa fiancée Marianne l’a rejoint avant de le larguer. Puis il s’est engagé en France dans un service de renseignement où il a connu quelques temps une Stéphanie. Nous revenons alors aux raisons de sa présence dans le train Milan -Rome. Au terme de sa longue carrière il doit recevoir d’un représentant du Vatican 300 000euros en échange d’une mallette pleine de secrets diplomatiques, concernant des centaines d’individus têtes brûlées, hommes de l’ombre qu’il a côtoyés pendant sa longue carrière de légionnaire, puis d’espion. L’auteur réalise un étourdissant tour de force en contenant les 500 pages de son récit en une seule phrase. Zone par Mathias Enard est un roman au rythme […]

La pierre de patience par Atik Rahimi

Publié le 29 novembre 2008

Dans Kaboul aux prises avec la guerre civile, l’héroïne passe ses journées au chevet de son mari dans le coma. Il meurt des blessures reçues au combat. Elle prie, égrène son chapelet, scande 99 fois l’un des noms d’Allah, souffle, recommence. Elle se berce au son de sa propre litanie. Elle craint ce corps inerte, lui murmure des choses insensées, jamais prononcées, fragments de tendresse, illusions perdues, frustrations. Une audace la tenaille, l’impatience monte en elle. Elle s’insurge de plus en plus, laisse des paroles âpres, folles s’échapper. Lui viennent alors des mots interdits, des mots rebelles. Elle apostrophe Dieu et son enfer, insulte les hommes, leurs guerres, maudit son époux, héros vaincu par son orgueil de mâle, son obscurantisme religieux. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de s’être sacrifié lui-même. Elle lui parle de plus en plus. C’est une extraordinaire confession sans retenue qui lui permet de se libérer de l’oppression conjugale, sociale, religieuse. L’urgence et la nécessité de son émancipation sont amenées par toute une série d’incidents, intrusions menaçantes de la guerre dans un huis clos de plus en plus étouffant. Son écriture sèche, précise rappelle celle du nouveau roman ou celle d’un scénario. […]