Une femme en colère par Wassyla Tamzali

Publié le 8 janvier 2010
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wassyla-tamazaliLettre d’Alger aux Européens désabusés

La voix de cette intellectuelle féministe algérienne est à écouter de toute urgence. Le livre de Wassyla Tamzali sorti l’automne dernier apporte un éclairage vivifiant aux débats sur l’identité, le voile islamique, la place faite aux femmes musulmanes.
Wassyla Tamzali commence par décliner les différentes facettes de son identité. Née en 1941, Wassyla Tamzali a été avocate à Alger puis directrice des droits des femmes à l’Unesco. Elle milite dans le mouvement féministe maghrébin. « Aussi loin que je fasse remonter mes pensées, mes engagements politiques, à commencer par le temps de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, [les Européens] ont été ma référence. L’introduction de Sartre au livre de Franz Fanon, les Damnés de la terre, et le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir ont éclairé mon itinéraire intellectuel ». Mais elle a dû vivre « la concurrence douloureuse entre l’appartenance à sa culture d’origine et le désir de liberté.. »

Il faut écrire l’histoire et expliciter l’identité recomposée et réconciliée des intellectuel(le)s du Sud « Je suis du clan de ces femmes et de ces hommes épris de liberté qui, bien qu’appartenant à un pays et à une histoire n’hésitent pas à engager un combat contre la culture, les traditions, les mœurs politiques de leurs sociétés quand elles s’opposent à cette liberté. »

Puis elle rappelle la situation des femmes dans les pays musulmans aujourd’hui, face aux progrès de l’intégrisme.

« Que penser du travail si les femmes sont de plus en plus obligées de se voiler pour aller travailler. La culture du harem a pris possession de la rue…A travers l’éducation religieuse dans les écoles, on enfonce dans la tête des petits que la domination des femmes est voulue par Dieu » « Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un vaste chantier d’endoctrinement sur l’infériorité des femmes mené par les savants, par l’école, les cassettes audio, les prêches des mosquées et des stars médiatiques ».
Même les intellectuelles maghrébines se voilent aujourd’hui. « Je crois que le voile est vécu par elles comme un rempart contre la violence sexiste, symboliste ou exprimée…Il y a des écoles et des universités, des lieux en Algérie, où l’on ne peut plus être dévoilée. En arabe algérien on dit qu’une femme dévoilée est nue. Ce rempart là est illusoire : on assiste à une escalade de la violence dans les rues arabes où il y a de plus en plus de femmes voilées. » « D’où la nécessité de la laïcité, elle seule peut renverser les rapports d’oppression dont souffrent les femmes et les hommes dans les sociétés musulmanes : seule la laïcité peut conduire à l’émergence d’une conscience moderne musulmane »

Wassyla Tamzali interpelle les intellectuels occidentaux qui se sont battus pour l’universalité des droits de la personne humaine et qui oublient qu’elle inclut l’égalité des sexes.

« La tolérance à la française est devenue un avatar du « relativisme culturel ». Qu’en est-il de l’égalité des sexes au regard de la tolérance ? » « En Europe, on a laissé le religieux envahir le débat public ». Wassyla Tamzali passe donc au crible les notions de tolérance, « laïcité ouverte », Islam modéré, « droit à la culture des femmes » dernier miroir aux alouettes pour faire accepter la subordination des femmes musulmanes. Elle indique les directions à prendre aujourd’hui : Refuser de faire du voile une simple affaire religieuse « Le voile n’est pas exclusivement un signe religieux, mais également une tradition sociale (patriarcale). Ne pas crier avec Tariq Ramadan au racisme quand on s’en prend au voile, lui qui demande juste un moratoire pour juger de la lapidation des femmes ! Faire entendre de toute urgence les hommes et le femmes qui dans les pays théocratiques continuent de lutter contre l’intégrisme et pour l’égalité des droits et ceux dans le Maghreb qui ont posé un acte, « le manifeste des libertés ». Les femmes quelles que soient leurs origines et leurs lieux de résidence doivent exercer les droits universels inscrits dans le texte de la déclaration universelle des droits de l’Homme.