Vers un nouveau capitalisme par Muhammad Yunus

Publié le 27 novembre 2008
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Je viens de découvrir avec bonheur le dernier livre de Muhammad Yunus « vers un nouveau capitalisme », l’inventeur du micro-crédit, et prix Nobel de la paix en 2006.

Il appelle au développement des « social business », nouvelles entreprises privées à vocation humanitaire, sociale, et non lucrative. Il propose d’utiliser les vertus du marché (efficacité, dynamisme, innovation, développement…) pour les appliquer à la réduction de la pauvreté et à la résolution des problèmes sociaux et écologiques.

Il en distingue deux types : celles qui appartiennent à des investisseurs ou propriétaires, mais à qui elles ne reversent rien au-delà du remboursement de la mise de départ. Elles ne reversent pas de dividendes à leurs actionnaires. Les profits sont réinjectés dans le projet, les investisseurs sont donc motivés par son impact social.

Et il y a celles qui appartiennent à des pauvres : les dividendes sont reversés à leurs propriétaires (pauvres) : la Grameen Bank en est une.

Dans cet ouvrage, il rappelle l’incroyable histoire de cette entreprise, créée par lui il y a trente ans dans le village de Jobra au Bangladesh, et à l’origine du microcrédit qui touche aujourd’hui dans le monde plus de 100 millions de personnes. La grameen Bank appartient à 94 % à ses entrepreneurs, accorde des prêts à 7 millions de pauvres dont 97% de femmes dans 78 000 villages du Bangladesh. Le taux de remboursement est de 98,6% et 64% de ceux qui ont emprunté à la GB pendant au moins 5 ans ont dépassé le seuil de pauvreté. La GB n’a plus recours aux dons depuis 1994.

Les deux types de social business peuvent se combiner. A partir de l’expérience de la GB, Yunus et ses équipes ont lancé plus de 25 nouvelles SB au Bangladesh dans des domaines variés : santé, éducation, élevage, agriculture, alimentation, énergies, finance, télécom, internet, textile, high tech avec à chaque fois un impact social positif.

Il vient de créer avec Danone une Joint venture : Grameen Danone qui fabrique des yaourts enrichis pour lutter contre la malnutrition des enfants pauvres dans une partie du Bangladesh. Le modèle de production et de distribution de cette entreprise cherche à impliquer les populations locales en amont (fermiers locaux), dans la production (salariés locaux), en aval (distribution par les grameen ladies).

La social business fonctionne comme une entreprise classique, il y a des produits, des services, des marchés, des charges, des recettes, mais le principe de maximisation du profit est remplacé par celui de maximisation du bénéfice social.

Il n’exclut pas que ce type d’entreprises existe déjà de par le monde Il parle très brièvement du mouvement coopératif en Europe à qui il reproche de trop se concentrer sur l’intérêt collectif des membres de la coopérative et pas sur l’intérêt général ou celui des pauvres.

M.Yunus et ses équipes transforment la vision sur les pauvres : « les pauvres ne sont pas pauvres parce qu’ils ne savent rien faire » mais parce qu’on ne leur a pas donné les moyens de libérer leur potentiel, de révéler leur créativité. Ils transforment la vision du crédit, proposé sans garantie. L’évaluation des personnels de la grameen bank est basée sur l’impact économique et social des prêts (les emprunteurs sont-ils sortis de la pauvreté) et non pas sur le montant des prêts consentis. Ils transforment la vision de l’aide au développement. « Par quoi devrait-elle commencer ? Par l’éducation ? Des infrastructures ? les soins médicaux ?.. Tous ces points sont importants … Mais à la Grameen bank, nous nous sommes concentrés sur le crédit …autoriser les pauvres à accéder au crédit leur permet de mettre immédiatement en pratique les compétences dont ils disposent : tisser, monder le riz, élever des vaches … l’argent qu’ils gagnent devient un outil , une clé qui leur permettra d’acquérir de nouvelles compétences… ». Ils transforment la vision du marché et de l’entreprise qui peuvent être des outils puissants et efficaces au service du progrès humain. Enfin, ils transforment la logique de fonctionnement du capitalisme : « le capitalisme a une vue étroite de la nature humaine : il suppose que les hommes sont des êtres unidimensionnels qui recherchent exclusivement la maximisation du profit …alors qu’ils sont passionnément multidimensionnels »